Changer de binarité

Vie intérieure / Pensées

J’ai déjà évoqué dans d’autres posts la notion de binarité, concept prônant une radicalisation de la pensée dans le sens où ce qui n’est pas blanc est forcément noir, et vice versa. Une méthode de transition de mode de pensée consiste à conserver la binarité, mais entre deux choses positif :

Le Bien vs Le Mieux

Quelle différence ?

Dans l’opposition du pour/contre, bien/mal, blanc/noir, on fait forcément abstraction d’un grand nombre de valeurs et paradigmes. Coluche disait à juste titre :

Je suis ni pour, ni contre, bien au contraire.

Hormis le film policier de 2003 reprenant cette phrase célèbre, cela veut simplement dire que la personne tient compte de toutes les informations qui ne peuvent amener à une position tranchée et immuable.

Maintenant, changeons le Bien (ancien) en Bien (nouveau) et le Mal en Mieux. Mais que devient le Mal ? En fait, le mal est comme le bien, n’est qu’un concept sociétal variable avec les époques et les civilisations, amenant à tous les concepts de pouvoir comme le péché, la culpabilité, les obligations, les interdictions, la justice punitive, etc. Le Bien nouveau n’est pas comme le Bien ancien un idéal sociétal, mais l’appréhension personnelle de ce qui nous correspond, nous rend heureux, voire intervient sur nous indirectement par l’impact l’environnement (approche écologique, étymologiquement étude du lieu de l’habitat).

Si on part du postulat que tout est Bien tel qu’il est, dans le sens où cela se passe selon les conditions que l’on met en place, le Mieux sera le résultat de notre évolution intérieure, la cerise sur la Forêt Noire. On peut apprécier une Forêt Noire sans la cerise dessus, et ne pas considérer comme hérésie, gâchage ou autre échec l’absence de ladite cerise. Comme l’on sait que l’attente est mère de toutes les déceptions, l’absence d’attente est la base d’un bonheur permanent. Cela ne veut pas nécessairement dire de rester passif, car même le lâcher-prise est une démarche active.

Au quotidien, cela peut changer beaucoup de choses :

  • Une décision sera la meilleure au moment où elle sera prise, car ce sera celle qui nous correspondra à ce moment précis (dont on connait l’issue ou dont on est en mesure d’accepter les conséquences), même si elle ne nous convient pas ou ne convient pas à d’autres
  • Un projet ou un rêve devient un idéal, mais la route qui y mène sera d’autant plus riche qu’elle sera parcourue avec ouverture, et qui sait que ce qui était un projet aboutira à tout autre chose ? Notre vie ne sera pas ratée si le projet n’aboutit pas, mais il le sera si en plus on ne s’est pas intéressé à tout ce qui s’est passé pendant sa quête.
  • Qui nous sommes n’est pas une fatalité, simplement la conséquence des choix pour lesquels on était en mesure de répondre favorablement. Ce statut n’est pas immuable et variera au fil de nos décisions, rencontres et acceptations
  • Les relations sont des relations de confiance et non des liens d’attachement-dépendance

Le Mieux n’est-il pas l’ennemi du Bien ?

Oui et non. Il est l’ennemi du Bien quand il y a une intention, une attente derrière le Mieux. Dans la réalisation d’un projet (exemple : partir en Australie), le but est d’être en Australie ; la route qui amènera à l’Australie sera Bien. Après, une fois en Australie, si l’on décide par exemple d’y rester, ce qui serait un Mieux intentionnel, les conditions d’application de ce Mieux ne seront certainement pas favorables, avec des risques allant du simple refus à l’interdiction de remettre les pieds sur le territoire si l’insistance se fait trop forte…

Oui, mais qui ne tente rien n’a rien !

On revient toujours au même point : tenter est Bien, réussir est Mieux. Ce qu’il importe dans tout essai c’est l’essai proprement dit, davantage que le résultat. Il va sans dire que derrière un acte de Mieux, il y a l’attente du Mieux, donc la déception si ce Mieux n’arrive pas, voire s’il remet carrément en question le Bien jusque là acquis.

Il faut donc voir le Mieux comme cette fameuse cerise qui sublimerait la Forêt Noire, tout en aimant la Forêt Noire sans cette cerise. Dans les relations, on peut retrouver cette binarité avec la formule :

Bien (seul) vs Mieux (à deux)

Et elle peut s’appliquer à tous les domaines : travail, finance, projets…