Charlie Hebdo, entre liberté d’expression et principe de précaution

Vie intérieure / Pensées

5 ans après les événements de Charlie Hebdo, et quelques semaines après le début du procès (on ne fera aucun commentaire sur ce délai), un enseignant a été tué pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Beaucoup en appellent au principe de précaution, en évitant de jeter de l’huile sur les braises ardentes et grandissantes du monde que l’on laisse à nos enfants. Mais la réalité est bien plus complexe.

Tout est prétexte

Dans l’accord de laïcité, qui est un des piliers de la République garantissant la liberté de conscience, il est autorisé d’avoir sa propre opinion(liberté de pensée) et ne pas être restreint à son expression. En revanche, forcer d’autres personnes à adhérer à un mode de pensée (on fera exception de la politique) ou persécuter une personne pour des opinions divergentes (on fera exception des débats) n’est pas permis. Théoriquement. Évidemment, tout le monde ne peut adhérer aux opinions de tout le monde, et la représentation du Prophète à l’origine de l’Islam étant interdite non pas par le Coran mais par les hadiths en vue d’éviter l’idolâtrie, le pas fut aisé d’intégrer cette loi dans les cultes extrémistes.

Dans le principe de radicalisation, tout est prétexte au massacre des infidèles, dès l’instant que vous n’êtes pas vous-même radicalisé. En partant de ce postulat, un simple regard peut devenir la raison de devoir tuer une personne. Et si l’on refait un peu l’Histoire, il y a à peu près 1000 ans lors des croisades, et 800 ans lors de l’Inquisition, on ne peut pas dire qu’il y ait grande différence de pensée radicale : toute personne ne voulant reconnaître le culte catholique comme seule Vérité et voir en Jésus son unique prophète pouvait mourir, même si cela allait à l’encontre du 6° commandement des Tables de la Loi… Et comme les Sourates et les Ayas du Coran sont issus de discussions que Mahomet a eu avec les Chrétiens d’Orient lors de son exil à Médine, il est normal de retrouver d’une part la philosophie christique, et d’autre part la qualité d’interprétation que certains ont eu. Dernier point : les peuples du VII° siècle en Arabie n’étaient pas les plus pacifistes du monde.

Principe de précaution

Dans un monde où l’on fait tout pour éviter la moindre responsabilité, il serait logique d’appliquer le principe de précaution, consistant à une censure en vue de froisser le moins de personnes possible. Mais cela revient à monter des interdictions au lieu d’élever l’éducation, en vue de construire une société pacifiée. Et j’emploie le mot pacifié dans son sens étymologique, qui signifie « payée pour amoindrir les conflits ».

A la question : « Aurait-il mieux valu ne jamais publier les caricatures de Mahomet ? », il n’y a pas de réponse évidente : si ce n’était pas Charlie Hebdo, ç’aurait pu être Le Canard Enchainé ou un autre, voire un particulier sur les réseaux sociaux. Dans l’absolu, et étant donné que la majorité de la population n’est pas croyante en la Charia ou membre d’Al-Qaïda, plus de 7 milliards d’individus sont potentiellement des cibles, et c’est à se demander, quitte à pousser la réflexion, pourquoi il n’y a pas plus d’attaques contre tous ces « infidèles ». La réponse est simple : tant qu’ils ne revendiquent pas leur refus à la radicalisation, ce sont des recrues potentielles, et ce serait dommage de les tuer avant de les enrôler… Donc, ils ciblent ceux qui portent atteinte directement et ouvertement à leur culte, seule certitude que ces personnes ne se radicaliseront jamais.

Quel avenir ?

Aucune société n’est exempte de conflit, étant fondées d’une part sur une classification inégalitaire de sa population, et d’autre part sur l’expansion géographique ou commerciale. Le seul moyen de remettre en question cette situation serait d’abolir tout ce que la société met en place en vue de diviser : partis politiques, classes sociales, frontières géopolitiques, lois ne s’appliquant pas à tous, etc.