Confinement, jour 17

Coronavirus 2020 Quotidien

Journal de bord. 2 Avril 1520. Jour 17. Les retours d’expérience des premières traversées de la Grande Mer ne m’ont clairement pas servi de leçon. Les vivres s’amenuisent, le moral des troupes fait tout pour rester au beau-fixe. Aucune terre à l’horizon, aucun message depuis des heures, à croire que les fous-de-Bassan-voyageurs se sont perdus en mer… Le soleil cogne tel une chape de  plomb chauffée à blanc. Le vent est aux abonnés absent. Le bateau stagne, et comme nous tous, commence à craquer.  Mon rôle de capitaine perd de plus en plus de sa superbe. Même si nous savions pourquoi nous embarquions, d’aucun n’a réellement mesuré l’ampleur de la remise en question nécessaire pour garantir le meilleur des voyages.

Les certitudes ont laissé une place béante au doute et la folie commence à en gagner certains. Les plus sains d’esprit usent du peu de force qu’il leur reste pour les retenir de blesser d’autres membres ou de se jeter par-dessus bord. Les occupations ne sont pas légion : entretien du navire, quelques jeux et lectures, observation du ciel la nuit. Chacun redoute le pire à sa manière et perd de plus en plus espoir…

Et moi, de mon gouvernail qui ne sert à rien dans cette situation, je les regarde, triste, impuissant, voués à une mort quasi certaine, une barbe grandissante et des rouflaquettes proéminents… Assis, les bras en croix sur les genoux, la tête posée de côté sur ces bras durs comme l’os, j’attends. J’ai perdu le goût, la motivation, le charisme qui faisait ma réputation. Un état de désolation comme il ne m’en est jamais arrivé durant toutes ces aventures. Celle qui semble se définir comme ma dernière doit doucement se gausser de me voir dans ce piteux état. Je me vois plus comme un fou de bas-sang qu’un capitaine de sang royal…

Qui prier ? Dieu ? Poséidon ? Éole ? Eux aussi doivent certainement rire de moi. J’ai beau me creuser, je ne trouve pas ce qui dans mes actes ou ma personne justifie pareil châtiment. La chaleur est insoutenable, mes yeux se ferment doucement sur mon monde qui s’effondre. Je n’ai plus la force. Les yeux clos, je chais de côté, et ma tête vient heurter violemment une poulie restée au sol…

Réveil en sursaut, ce n’était qu’un cauchemar !

Enfin bref, tout ça pour dire que les journées sont tellement calmes que je ne savais pas quoi écrire, alors j’ai imaginé cette petite histoire. Je reprends demain le télétravail, ce qui, hormis me lever plus tôt, ne devrait pas changer grand chose !