Confinement, jour 22

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

Aujourd’hui, une journée de travail. Les projets avancent. Rien de bien passionnant ni d’enrichissant. C’est parfois à se demander de l’utilité de se réveiller le matin…

Un sujet délicat

Alors, je vous rassure tout de suite, je n’ai aucune pensée suicidaire. Mais c’est un sujet quasiment aussi tabou que le sexe dans notre société, car il touche à des préceptes ancrés depuis longtemps.

Le suicide est un acte qui va en contradiction avec la Loi : Tu ne tueras point. Autant le fait de tuer une autre personne est un acte qui peut être jugé, autant celui de se donner la mort exempt de toute condamnation. Il va à l’encontre de la Nature, étant donné que les animaux ne se suicident pas (les scorpions pris au piège dans les flammes auront des gestes réflexes qui iront jusqu’à se piquer eux-mêmes, mais ce n’est pas un acte délibéré).

Parler du suicide est délicat, dans notre culture judéo-chrétienne d’une part et notre propension à chercher systématiquement à comprendre et/ou aider. Le fait que l’on apprenne pas à écouter sans juger n’aide pas l’abord de ce sujet.

Pourquoi se suicider ?

Le suicide, c’est quand le Moi sujet tue le Moi objet.

Les raisons sont diverses et variées, mais résultent majoritairement d’une souffrance que l’on ne sait atténuer, physique ou psychique. Le suicide répondrait au terme souhaité de cette souffrance. Le cheminement qui amène à  décider de mettre un terme à sa propre existence est tortueux, crescendo, et une tentative ratée est rarement dissuasive.

On peut retrouver des schémas récurrents dans le pourquoi se suicider :

  • un manque de reconnaissance ou d’affection
  • une ou plusieurs blessures d’âmes (injustice, rejet, abandon, humiliation, trahison)
  • une douleur physique ou une condamnation médicale certaine
  • un lien d’attachement émotionnel rompu (chagrin d’amour, deuil…)
  • un traumatisme (accident, abus…)

Plusieurs convictions vont prendre place :

  • celle que la douleur est permanente
  • celle que personne ne peut nous comprendre et nous aider
  • celle que rien ne peut remplacer ce qui est à l’origine de la douleur (si celle-ci est liée à un manque ou une perte)
  • celle que seule la mort peut tout arrêter

Et quand des palliatifs, des stratégies, sont mises en place pour assurer un équilibre, leur absence va générer des troubles anxieux pouvant conduire à passer à l’acte.

Comment éviter ?

Pour celui qui en parle, il est important de trouver les personnes qui pourront l’écouter sans le juger ; la peur du jugement est un frein unilatéral au fait de parler de ses douleurs :

  • minimisation des raisons
  • comparaisons pour relativiser
  • aide systématique pas forcément demandée
  • questions plus ou moins indiscrètes, plus ou moins cohérentes

L’écoute est la plus grosse lacune des personnes voulant aider, car écouter n’est pas si simple : cela implique de ne pas chercher à répondre, à faire du feedback, à montrer de l’empathie, à ne pas donner son avis, son expérience ou des conseils. La bienveillance est de mise.

Pour ce qui est des stratégies palliatives, l’idéal est d’apprendre à s’en passer, soit par un suivi thérapeutique, soit par la méditation, mais dans tous les cas en étant accompagné.


Au moment de rédiger cet article, comme quoi les choses sont plus reliées qu’elles ne le semblent, un ami m’appelle pour m’avouer qu’il ne vit pas du tout bien le confinement et qu’il a fait trois tentatives en trois semaines… On a raccroché et il se sent mieux.