Siddhartha & La Voie du Milieu [Confinement, jour 23]

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

C’est officieux : le confinement est prolongé, l’annonce officielle devant être lundi prochain… A défaut d’aller vers Mars, je m’entraîne à la vie dans un monastère bouddhiste !

La Voie du Milieu

J’ai déjà évoqué la Voie du Milieu, notamment concernant le périphérique parisien. Cette notion, qui fait partie d’un des préceptes fondamentaux de la philosophie bouddhiste, est issue de l’histoire de Siddhartha Gautama (je la retranscris de mémoire, il y aura certainement des aléas, mais l’important sera mentionné).

L’histoire de Siddhartha Gautama se passe en Inde, il y a environ 2500 ans. Siddhartha était enfant d’une famille très riche, vivant dans une immense demeure avec des serviteurs. Il a eu une enfance paisible, heureuse, dans un univers où tout le monde est beau, souriant et en bonne santé. Il n’avait pas connaissance de ce qu’il se passait au-delà de sa demeure, et grandit ainsi comme un oiseau dans une cage en or. De ce fait, sa vision du monde était joie, luxe et abondance.

Un jour, avec la complicité d’un de ses serviteurs, il décida de sortir de chez lui et d’aller en ville. La confrontation avec la réalité fut un choc : la plupart des personnes ne souriaient pas, étaient malades, pauvres, sales voire mouraient dans la rue… Son serviteur lui expliqua que, à la différence de ce que ses serviteurs lui ont fait croire, le monde est plus sombre, triste et dangereux par-delà les murs de la demeure.

Siddhartha ne supporta pas un tel contraste. Il comprit que sa situation était un luxe que la plupart ne pouvait prétendre, et s’enfuit en courant. Il trouva un groupe de fidèles qui pratiquaient l’ascétisme (la privation). Il se délesta de ses vêtements et bijoux, et partit avec eux méditer et jeûner dans la nature.

Les débuts de la privation étaient difficiles : pas manger, pas se laver, dormir en extérieur, et passer le plus clair du temps à méditer au lieu de chasser, s’instruire ou jouer… Il apprit, il comprit, et devint un fidèle de l’ascétisme.

Le temps passe, les méditations continuent.

Un jour, alors qu’il méditait sous un arbre près d’une rivière, une jeune femme qui passait par là le vit, avec sa barbe hirsute, ses guenilles et sa peau noircie. Elle le prit en pitié, et vint lui apporter un bol de riz avec du lait. Un vrai ascète aurait refusé, fidèle au culte de la privation, mais Siddhartha fut tellement touché par cette attention, qu’il accepta le bol de riz et le mangea. Les fidèles ayant eu vent de cette histoire, le chassèrent de leur communauté d’ascètes.

Mais ce bol de riz fut une révélation : le vrai bonheur ne se trouve ni dans l’abondance extrême ni dans la privation extrême, mais dans un juste milieu, qu’il appela et enseigna par la suite la Voie du Milieu.

Dans la vie quotidienne

La Voie du Milieu, c’est, comme énoncé, celle qui ne tend vers aucun excès. On peut voir cette Voie (notion que l’on retrouve en chinois avec le Tao) comme une balance avec deux plateaux. On peut choisir d’équilibrer la balance en mettant des poids de chaque côté, mais non seulement l’équilibre est compliqué mais en plus la balance peut casser si trop de poids sont posés. L’idée est de retrouver l’équilibre en enlevant les poids sur les plateaux de la balance, car une balance vide est naturellement en équilibre.

Dans la vie de tous les jours, ces excès peuvent se présenter de différentes manières, l’une d’elles concerne les obligations sociales, professionnelles ou familiales. Toutes les obligations amènent forcément à une privation, et autant l’obligation que la privation sont mauvaises pour son propre équilibre. Un des moyens d’être en phase avec ces obligations est de les considérer autrement que des obligations. C’est la relation que l’on pose sur une idée qui en fait ou non une obligation, comme par exemple dire bonjour et merci. Parmi toutes ces obligations, ils y a celles aussi que l’on choisit, notamment quand on décide de devenir maman. Ou de se mettre en couple avec une femme qui a déjà un enfant.

On retrouve l’idée de la Voie du Milieu dans les biens matériels, un des préceptes stipule que « ce qui doit compter à nos yeux doit tenir dans le sac que l’on peut transporter ». C’est une manière de s’alléger dans l’attachement matériel. Cet attachement est, d’une certaine manière, un excès créant une dépendance, un stress de risque de perdre ou de se faire voler.

On suppose même que Jésus, pendant son exil (car il y a un grand pan de sa vie qui reste un mystère), aurait reçu des enseignements bouddhistes !

C’est une philosophie de la place juste et du respect de soi. On peut même l’enseigner aux enfants à partir de 6-7 ans : apprendre à s’écouter, se respecter, se satisfaire de soi-même, être in-dépendant, apprendre à écouter le message derrière les émotions (la colère, par exemple, est quand quelque chose entre en conflit avec notre système de règles et de valeurs)…