Confinement, jour 3

Quotidien Vie intérieure / Pensées

S’il y a un sentiment qui me hante depuis des décennies, c’est celui de paraître insignifiant. Cet état de confinement, pendant lequel les personnes se soutiennent et prennent des nouvelles mutuellement, semble confirmer ce sentiment.

Si on fait abstraction que je suis en télétravail, et donc que les personnes qui me joignent pendant les heures du bureau (9h-17h) le font dans un but intéressé, la majorité des autres contacts que j’ai ne sont pas moins intéressés, dépannage informatique en tête. On m’a dit que j’avais l’âme d’un médium-guérisseur, et si cela est ma ligne de Vie, mon karma, cette vie risque d’être très intéressée, et donc peu intéressante…

Un exemple encore plus frappant : une cousine a créé un groupe de discussion sur WhatsApp, et l’on s’échange nos activités entre frères, sœurs, cousins, cousines, oncles, tantes, parents. Quand l’un poste une « création », les autres réagissent, mais quand je poste, je n’ai aucun retour. Enfin bref, à l’exception de mes parents, la quantité de personnes prenant des nouvelles de façon désintéressée se compte sur les doigts d’un moignon*. Cela m’attriste, je ne connais pas mon degré d’implication dans ce mécanisme. Quand j’étudiais à Limoges au début des années 2000, une fille de l’internat m’avait annoncé, avec un coup dans le nez :

Beaucoup de personnes t’apprécieront, mais elles t’oublieront une fois le dos tourné.

Sur les 20 ans qui ont suivi, je me rends compte qu’elle avait vu juste. Comme si je n’étais qu’un être de passage, pas au sens incarné mais relationnel, comme si une relation longue et désintéressée m’était interdite ? Cela me laisse cruellement songeur. Paradoxalement, si je contacte ou si je vais voir ces « amis », ils sont contents (enfin j’ose espérer), mais eux ne feraient pas le premier pas, ou ne viendraient pas me voir.

De ce fait, j’hésite à prendre des nouvelles des gens, non pas parce que leur vie ne m’intéresse pas, mais surtout pour ne pas qu’ils pensent que je les appelle parce que je me sens seul. Quel équilibre fragile que celui des relations sporadiques !


*Je suis mauvaise langue, en écrivant ces lignes, il y a une personne qui m’a envoyé un SMS pour prendre de mes nouvelles, mais je me dis que si je ne lui avais pas dit que recevoir des messages désintéressés me feraient plaisir, m’aurait-elle écrit ? Mystère…