Confinement, jour 32

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

Allez, c’est le week-end ce soir, un week-end bien mérité. Mais qu’est-ce que le mérite ?

Une notion très ambiguë

Le meritum, en latin, signifie la récompense, le salaire. Ce qui fait que des phrases comme mériter une récompense ou toute peine mérite salaire sont des pléonasmes. Malheureusement, la récompense n’est pas toujours méritée… A la différence d’une graine plantée qui pourra donner un arbre et des fruits, de nombreuses actions ne méritent pas récompense, ou d’autres devraient être récompensées.

Cette ambiguïté vient de la place de la récompense dans l’action, et par extension de l’intention derrière l’action. Faire le ménage dans le but unique d’avoir de l’argent de poche, ou avoir de l’argent de poche parce que l’on a fait le ménage, sont deux choses différentes. Ce phénomène peut aussi bien concerner des actes du quotidien que l’accession au pouvoir !

La première qualité d’un chef est de ne pas vouloir devenir chef.

On connaît depuis longtemps les mécanismes liés à la récompense dans le cerveau, amenant un renforcement d’une action ou d’un apprentissage. Quand la récompense est systématique, l’effet de renforcement se délite, et l’attrait de ladite récompense supplante l’apprentissage ou l’action même. La vraie frontière viendrait donc de ce basculement, cette limite où la récompense prend la place dans l’intérêt de l’individu.

Mérite et justice

On retrouve cette même notion dans celle de la justice. On pourrait écrire un chapitre entier dessus, mais retenons le points le plus important, à savoir que le mérite est souvent injuste :

  • mérite sans action justifiée
  • mérite pour une action non louable
  • action louable non récompensée
  • mérite reçu pour l’action de quelqu’un d’autre (cela arrive très fréquemment dans le milieu de l’entreprise)

Au final, qui mérite quoi ? Les critères de mérite et de juste sont aussi nombreux qu’il y a d’individus sur Terre, et une action qui amène une récompense n’est ni tangible ni quantifiable. Il est aisé de passer d’une part pour héros de guerre et d’une autre accusé pour crime contre l’humanité.

Au niveau éducatif, je pense qu’il est important d’orienter le mérite de l’extérieur vers le mérite de l’intérieur, que la satisfaction des bonnes actions viennent de soi. Ainsi, cela incitera davantage à la bonne action et de s’attribuer le mérite, même si personne de l’extérieur n’en témoignera.

La méritocratie

Oui, ce concept existe, et se définit comme la possibilité à chacun d’accéder à ce qu’il désire en fonction de ses compétences et non de son statut social, sa fortune ou ses relations. Malheureusement, adapté à notre société, cette idéologie creuse davantage les inégalités car les récompenses concernent davantage notre capacité d’adaptations (sociales, méthodologiques, cognitives…) que nos réelles compétences. Parmi les points noirs de notre monde actuel, on peut citer :

  • une inégalité concrète des chances, car les réelles compétences ne sont pas jugées
  • même si l’on accède à un poste par ses compétences, on peut se retrouver formaté dans l’exécution de cette fonction
  • un carcan sociétal à l’expression et au développement de ses compétences
  • une hiérarchisation des compétences, mettant les artistes au rebus et les moins humains au pouvoir
  • le privilège du diplôme sur l’expérience
  • une double stigmatisation entre l’expérience (les anciens) et les idées nouvelles (les jeunes), jugées fermées à toute entente et compromis

L’article Wikipédia est très détaillé.