Rompre en plein confinement [Confinement, jour 33]

Coronavirus 2020 Quotidien

Le conseil du jour : ne vous faites pas mettre à la porte de chez votre petit copain un samedi en période de confinement, surtout si le bail est à son nom à lui seul !

Confinement et rupture, un mélange détonnant

Le risque de rupture en période de confinement était hautement prévisible, la majorité des couples n’ayant pas l’habitude de vivre ensemble hors contexte des week-ends et vacances. Malgré l’ensemble des dispositifs mis à disposition par les autorités (ça me rappelle une histoire des Idées Noires de Franquin…), comme le 3919, il semblerait que « le porteur du bail conserve l’intégralité de ses droits en ce qui concerne les personnes qu’il désire accueillir ou non, indépendamment de la situation de confinement ». De ce fait, qu’il la mette à la rue revient de sa responsabilité à elle à 100%.

Ainsi, si la situation arrive, les recours sont :

  • Le 3919, quand on appelle dans les créneaux horaires, que le forfait l’accepte et que la ligne n’est pas saturée
  • les transports en commun, souvent supprimés ou complets
  • les déménageurs, à des tarifs exorbitants
  • les pharmacies, uniquement en cas de violence physique avérée
  • les CIDFF, Secours Catholiques et Populaire, qui nécessitent de se rendre sur place (et ils ne sont pas toujours à côté) et à leurs horaires
  • Les foyers d’accueil, qui n’accueillent pas en situation de confinement
  • les mairies, à savoir les hôtels de ville dont le nom suggère qu’ils sont le premier accueil de la population, fermées le week-end

Là où le gouvernement a failli, c’est dans l’accessibilité et la disponibilité des services d’aide en période de crise. On ne choisit pas quand on va se retrouver à la rue, sans travail ni permis de conduire, dans une petite ville sans structure d’accueil et avec des capacités de déplacement limités même en dehors de la situation de confinement.

Les raisons d’une telle injustice

Historiquement, plusieurs facteurs entrent dans cette réalité actuelle :

  1. le fait que la femme n’avait aucun droit hormis celui d’être dévouée corps et âme à son époux
  2. le fait que le bail priorise les personnes ayant la jouissance d’un bien immobilier, et que toute personne non inscrite sur ce bail n’a aucun recours quant à l’obligation d’être logé
  3. le fait que vivre dans la rue est tout aussi illégal que cela relève de la responsabilité du SDF lui-même
  4. le fait que la famille, malgré ses droits et devoirs, peut s’attribuer celui de choisir ou non d’aider un de ses membres
  5. le fait que peu de femmes osent aller se plaindre des violences subies, ce qui a tendu à minimiser ce phénomène
  6. le fait que la violence psychologique n’est pas considérée, bien que de plus en plus, comme une violence envers l’intégrité d’un individu
  7. le fait que la prise en charge administrative, sociale, financière ou médicale nécessite de rentrer dans des cases

Mis tout ça dans un mixeur, et l’on obtient des femmes qui finissent au mieux en situation de précarité, au pire entre quatre planches.

Comment s’est finie l’histoire ?

Vous vous en serez doutés, ceci est issu d’une histoire tristement vraie. L’amie en question a pu rejoindre la gare la plus proche de chez elle, et après deux trains, peut profiter d’un repos bien mérité dans un hôtel parisien, avant de finir son trajet demain.