Confinement, jour 39

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

Vivre avec une jeune personne oblige à relativiser énormément, notamment en fonction de notre expérience, de notre vécu, de nos modes de pensée, nos habitudes et nos tempéraments. Cela donne aussi à réfléchir sur la vraie place de l’enfant – au sens le plus large du terme, adulte signifiant « qui a grandi » – dans la société.

Enfance vs Société

La majorité des concepts sociétaux sont culturels, c’est-à-dire qu’ils ont été inculqués par les parents de ses membres afin d’assurer une cohésion et limiter les situations problématiques. La majorité de ces règles sont des interdictions et des obligations, et une toute petite partie la marge de manœuvre dans laquelle on peut espérer être un tantinet soi-même.

Parmi les éléments réprimés, on va trouver :

  • les émotions, et leur expression
  • les avis ouvertement en contradiction avec le système
  • les impolitesses, ou considérées comme telles
  • certains comportements, comme faire la bise à des inconnus
  • le refus d’accomplir telle ou telle tâche
  • les actes immoraux

Cela montre à quel point le monde occidental, tel qu’il a été pensé, favorise l’uniformisation et l’obéissance par la répression (à savoir le fait de réprimer) allié à une politique punitive en cas de dérogation et une hiérarchie sociale où les droits, les devoirs et l’immunité juridique peuvent différer du tout au tout. Et malgré tout ce que l’on peut penser, on est d’abord considéré comme coupable jusqu’à preuve du contraire.

La décision d’une telle politique tient en grande partie de la psychose patriarcale, « qui doute qu’il est le père de son enfant ». J’ai déjà parlé de cette problématique dans un sujet où le trouple (couple à trois) pouvait semer le trouble. Dans les sociétés matriarcales, où la place de la mère et de l’enfant est prédominante, l’approche est bien différente, reposant sur le respect de soi et la bienveillance. Mais attention : respect et bienveillance n’excluent en aucune manière l’éducation, à savoir l’apprentissage de sa personne, de l’autre, du respect, de la préservation, de l’appartenance à un Tout.

Une société sans adultes ?

Étymologiquement, cela serait un non-sens, et démontrerait qu’un enfant n’est pas en mesure de grandir, autrement que biologiquement, à savoir : acquérir de la sagesse, du savoir, enseigner ce savoir, apprendre, demander, explorer, préserver, développer un art, etc. On retrouve cette problématique dans le conte de Peter Pan, puis le syndrome psychologique éponyme, où la confrontation avec le monde des Adultes n’incite pas à vouloir devenir comme eux…

De nombreuses approches de sociétés d’enfants n’ont pas eu de fin heureuse, je pense notamment à Sa Majesté Des Mouches ou La Guerre des Boutons. En remettant ces trois histoires dans leur contexte, et où les enfants ont déjà reçu une éducation occidentale, donc répressive et inégalitaire, il va sans dire que leur modèle ne permettait pas une approche altruiste ou pacifique de la cohabitation… Et surtout, d’apporter la morale que les enfants ne peuvent coexister sans des adultes censés leur montrer le droit chemin !

Dans une toute autre approche, Le Lagon Bleu montre comment deux jeunes enfants sur une île déserte arrivent à vivre en parfaite harmonie et même avoir un petit ensemble. On retrouve cette fable également dans le dessin animé La Tortue Rouge.

Enfin, je ne parlerai pas des œuvres mettant en scène des relations conjointes entre sociétés d’enfants et sociétés d’adultes, qui entrent davantage dans des intérêts opposés donc conflictuels (L’Île du Dr Moreau, Oliver Twist, Peter Pan dans une certaine mesure…). On retrouve aujourd’hui cette dichotomie dans la société japonaise, où le passage à l’âge adulte le jour des 18 ans oblige à laisser derrière soi l’entièreté de qui nous fûmes enfant (et où déjà un enfant d’un an de plus est considéré comme étant une « vieille personne » et inversement).

Un monde où les enfants auraient leur place

Dans la plupart des cultes tribaux et matriarcaux, l’enfant a une place importante :

  • il est l’incarnation d’un esprit ayant un devoir sur Terre
  • il est la concrétisation de la rencontre entre le Matériel (Yang) et le Spirituel (Yin)
  • il est celui qui nous prête sa Terre

Dans ces sociétés, l’enfant est au cœur de l’intérêt collectif, car sans lui, pas de prospérité. Sans le déifier, on le considère comme membre à part entière de la communauté, il partage ses opinions et ses rêves, et ses émotions sont le reflet du monde dans lequel il vit.

Malgré la Déclaration des Droits de l’Enfant, les ONG et l’UNESCO, les classes/castes sociales et la puissance monétaire ne permettront pas de donner une place significative à l’Enfant, hormis comme (future) main-d’œuvre à l’entretien de la fortune des autres.

Espérons que cette crise favorisera une profonde remise en question du modèle économique, dans lequel l’enfant aura sa place d’enfant, et où l’adulte sera un enfant qui aura grandi intérieurement.