Les soignants [Confinement, jour 46]

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

On entend de plus en plus de sujets sur le rôle important et les conditions déplorables des soignants de tous bords (assistance à domicile, hôpitaux…). Et si on remettait les choses à leur place ?

Des héros de guerre ?

Les mots forts employés par notre Président ne sont pas si anodins, dans le sens où, dans une guerre, les conditions sont difficiles, les décisions scabreuses et les pertes humaines inévitables. C’est une manière détournée d’auto-qualifier l’incompétence des conseillers et des décisions qui sont prises sans prendre en compte le bien-être physique et psychologique de la population. En gros, « tout le monde va en chier, mais on n’y est pour rien, et on n’y peut rien ! »

Premièrement, on n’est pas en guerre, car ce n’est pas un conflit armée entre plusieurs politiques. On vit une épidémie virale. Cela implique des mesures de limitation de contagion et une augmentation de la prise en charge sanitaire, et non un état de confinement et de dérogations comme en Loi Martiale.

Deuxièmement, les soignants doivent jongler entre leur serment d’Hippocrate et les moyens mis à disposition pour gérer la situation. En cela, ce sont davantage des victimes que des héros. Une stèle en leur mémoire ou une reconnaissance pupillaire pour les enfants de soignants décédés du coronavirus ne fera que déresponsabiliser l’État pour sa mauvaise gestion.

Enfin, la désobéissance de la population est en lien direct et proportionnel avec le discours gouvernemental, à savoir que ce dernier n’a jamais su assurer son rôle de rassurement et de sentiment de contrôle. Ladite population n’a jamais su concrètement sur quel pied danser (les municipales ont été un des exemples les plus frappants), et s’est laissé rapidement influencer par les ragots (la pénurie de PQ) et autres théories complotistes (le Covid-19 a été créé en laboratoire). Ainsi, il lui est impossible d’avoir un comportement responsable quand ses dirigeants ne peuvent eux-mêmes ne pas en être capables.

Hippocrate, quand tu nous tiens

Toute personne désirant exercer une activité médicale doit prêter serment, c’est le Serment d’Hippocrate. Un soignant est soignant, même en dehors des heures de travail. Son serment l’oblige à porter secours, physique ou moral, à quiconque en éprouve le besoin. A la différence d’un secouriste, si l’une des premières missions d’un secouriste est de se secourir lui-même, ce dernier n’est pas assigné à un serment quelconque, et peut choisir de ne pas venir en aide s’il sait qu’il y laissera sa peau…

Un des positionnements les plus emblématiques qu’auraient pu faire les membres de la profession soignante aurait été de remettre en question ledit serment, en refusant les conditions de pratique des soins, au lieu de se risquer à endiguer une situation que l’on savait ingérable dès le départ, au vu de la qualité médiocre de la Santé Publique en France (c’est vrai qu’une personne malade est bien plus rentable économiquement qu’une personne en bonne santé).

Une insécurité et une méfiance d’État renforcées

Au final, la supposée pénurie de masques, les avis controversés sur l’usage de la l’hydrochloroquine, l’incompétence de certains industriels à apporter des réponses adaptées, les conséquences du respect ou non du confinement, le dépistage uniquement des personnes symptomatiques, sont autant de points qui mettent en avant la Santé Publique en France, et dégrade sa réputation déjà peu élogieuse. Au final :

  • les personnes asymptomatiques et les porteurs sains sont des terrains fertiles pour le développement de nouvelles souches et l’apparition de nouvelles vagues de contamination
  • le personnel soignant sera mort « pour rien », étant donné que les procédures mises en place n’ont pas d’action probante sur la Santé de la population, et met en péril celle de ceux supposés aider
  • la confiance de la population en l’état de gérer une situation pareille broute les pissenlits par la racine
  • le sentiment de détachement des personnes envers l’aide gouvernementale grandit, mais le modèle lie pieds et poings à l’économie monétaire…

Dystopie ou utopie future ?

Au sortir du confinement, l’Élysée fera tout pour retrouver de sa superbe, et recommencera les mêmes politiques inappropriées, certainement davantage renforcées. Là où ce dernier devrait ouvrir à davantage d’autonomie de la part des concitoyens. On peut craindre à une forme de totalitarisme dans les mois à venir. Reste à savoir si les députés, censés décider du fonctionnement de la gouvernance et du cadre citoyen, sauront mettre leur intérêt de côté au profit de ceux qu’ils sont sensés représenter.