Quelques idées reçues sur le couple [Couvre-feu, jour 63]

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En ce saint jour célébrant les Valentin (et aussi les Valentine, mais vous remarquerez que tous les prénoms ne se fêtent pas le même jour que leur homologue masculin ou féminin), je profite pour exposer quelques idées reçues sur le couple.

Idée reçue #1 : le couple c’est naturel

Au début de l’Humanité, les hommes et femmes vivaient en clan nomade, et deux phénomènes ont instauré l’apparition des relations exclusives :

  1. la sédentarisation, donc la fin de la nécessité de devoir bouger pour trouver de quoi manger
  2. la création de sociétés patriarcales, et tout ce qui entre dans la problématique existentielle masculine, entre autres :
    • la gestion territoriale
    • la supériorité affichée
    • la transmission des biens
    • la garantie d’être le père de ses enfants

C’est ce dernier point qui nous intéresse. En effet, le couple s’appuie sur l’exclusivité sexuelle, et assure avec un taux assez élevé que l’enfant que portera la femme sera celui de son conjoint. Point.

Les sociétés antiques avaient malgré tout compris qu’une seule femme ne pouvait répondre aux besoins hormonaux et machistes d’un homme, et avaient instauré des lieux où ces derniers pouvaient compenser l’indisposition de celle-ci auprès d’autres femmes (et hommes) au rang si bas que les éventuelles progénitures n’avaient aucune reconnaissance même bâtarde. Oui, je parle des lupanars.

Aujourd’hui, bien que la mouvance revienne à petits pas vers une plus grande liberté relationnelle et sexuelle, la vision du couple prédomine, continuant à entraîner dans son sillon infidélité, ruptures, divorces, frustrations, tristesses, angoisses, attachement, dépendances tant affectives que financières…

Donc, à défaut de considérer le couple comme naturel, c’est normal, dans le sens où il correspond à la norme sociale.

Idée reçue #2 : coucher le premier soir, c’est mal

On vous l’a dit et répété : « il ne faut pas coucher le premier soir ». Mais pourquoi donc ? En quoi est-ce mal ?

Pour le comprendre, il faut intégrer le concept de rituel amoureux et de séduction, qui est commun à de nombreuses espèces animales. Dans le règne du même nom, les mâles s’entraînent, se parent, dansent, séduisent, jusqu’à ce que le dévolu des mamans potentielles se jettent sur eux et accomplissent le Miracle de la Vie.

Transposé à l’Homme, coucher revient à accomplir le Miracle de la Vie, même si les moyens de contraception ont énormément évolué pour justement limiter le nombre de miracles. Et surtout, à griller les étapes et enfreindre les précieux rituels amenant au mariage, et enfin au coït !

Oui, jusqu’à peu, et sous le dogme de la Religion, les rapports intimes ne pouvaient s’effectuer qu’après mariage, celui-ci n’étant dissoluble que par la mort d’un des deux conjoints. Les notions de plaisir sexuel passaient au 43° plan derrière les devoirs conjugaux et l’oubli de sa totale existence en vue de satisfaire la Société et ses principes dits civilisés.

Coucher le premier soir (exception faite des personnes qui rencontrent leur conjoint le jour de leur mariage) revient simplement à consommer hors mariage, point culminant de l’établissement conjugal durant des siècles.

Idée reçue #3 : il faut entretenir la flamme

Point important pour comprendre ce qui va être écrit : un couple n’est pas une cheminée, mais s’apparente davantage à une bougie. Dans une cheminée, l’on peut ôter la suie, remettre des bûches, souffler sur les braises, alors qu’une bougie a une mèche d’une longueur donnée et ne peut plus brûler en l’absence de celle-ci ou de cire.

Ce qui va nous attirer chez l’autre est en partie d’ordre phéromonal, en autre partie d’ordre intellectuel. Dans ce dernier, l’on peut y joindre :

  • vos goûts personnels
  • vos critères physiques et physiologiques
  • vos idéaux conjugaux
  • vos attentes du moment
  • les règles énoncées par votre famille
  • la bienséance sociétale
  • les contes de fées

Et tous ces points vous définissent à un instant T, ainsi que l’autre à ce même instant. Et ces points peuvent évoluer avec le temps, faisant vaciller le socle de la relation de la même manière. Dans un couple, il y a 4 relations :

  • de vous à vous-même
  • de vous à l’autre
  • de l’autre à vous
  •  de l’autre à lui-même

Et l’équilibre conjugal tient dans l’élasticité de ces quatre relations. Si l’une lâche, on a tendance à tirer ou lâcher du leste sur les autres pour maintenir cet équilibre. En gros, conserver le couple revient à se perdre en concessions, en excuses, en dépression, en refus du changement.

Idée reçue #4 : un couple est fait de concessions

Magnifique transition ! Une concession est l’acceptation de quelque chose qui ne nous correspond pas en vue de satisfaire quelque chose au-delà de soi, ici la relation conjugale. Comme dans tout, il existe trois degrés d’acceptation :

  1. le poids de la concession dans notre existence
  2. le nombre de concessions
  3. la reconnaissance de ces concessions

Leur poids augmente inévitablement avec le temps. Leur nombre souvent aussi, car qui peut accepter une chose peut en accepter deux. Leur reconnaissance ne vient que très rarement, car il semble que ce soit normal de devoir concéder, alors pourquoi remercier ?

La relation doit être un acte naturel, un choix commun, un lieu de partage et d’échange. Toute obligation devrait être bannie dans l’unique but de préserver un idéal de vie.