La mort [Couvre-feu, jour 67]

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

Après avoir traité de l’immortalité, il est important de parler de la mort. Sujet tabou par excellence, et une des premières questions éludées auprès des enfants peu ou prou simultanée avec la conception des bébés, il définit la cause de tout ce qui est vivant, animal, végétal ou mycosique.

Une fonction biologique majeure

La mort peut se définir différemment selon les échelles : lorsqu’un individu décède, donc son cœur cesse de battre et ne peut être relancé, toutes les cellules et bactéries continuent malgré tout leur travail, jusqu’à privation d’oxygène ou fin de la télomérase (mécanisme de comptage de division cellulaire). Ainsi, les cheveux et ongles continuent-ils de pousser, pendant que la panse se remplit des gaz résiduels de la digestion toujours en cours.

La mort est en lien avec un autre mécanisme primordial au vivant : la reproduction sexuée. Ce duo permet :

  1. le brassage des gènes, assurant une adaptation à l’environnement plus rapide que les altérations standard de l’ADN lors des divisions cellulaires
  2. la non-surpopulation, qui serait impossible en cas d’immortalité

Il est par ailleurs intéressant de noter que le gène qui s’occupe du vieillissement s’occupe également de la reproduction : l’altérer en vue de ne plus vieillir rend stérile !

La mort dans la culture

Le développement du rapport au temps, et les crises existentielles qui en ont découlé, ont associé la mort à une Fin inéluctable, voire un échec social, amenant les individus à tout faire pour ne pas trop y penser. Dans tous les cas, la mort n’est pas perçue comme quelque chose de positive, bien au contraire, surtout quand la population ne mourait pas de vieillesse : conflits, maladies, lacunes hygiéniques, accidents, guerres de territoires, etc. Ajoutez à cela que l’on a plus de chances de finir en Enfer qu’au Paradis, et les idées d’immortalité vont rapidement se bousculer !

Mourir est souvent associé à la résultante du danger, un modèle normatif pour faire culpabiliser les enfants face à l’ignorance de l’étendue de leur désir de découverte, alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce que cela signifie, hormis se faire mal qui semble bien plus tangible dans leur esprit.

Mourir est aussi synonyme de deuil d’êtres chers, et des émotions de tristesse et de colère en lien direct avec la rupture de l’attachement. Et comme ces émotions sont désagréables, demander aux autres de ne pas mourir permet de se préserver. Quelle empathie ! Le pire, c’est qu’à cause de la personnification à outrance dans les cultes polythéistes, la Mort est représentée par un individu, dans nos cultures de forme squelettique drapé de noir et portant une faux, nous déresponsabilisant du moment de passage de vis à trépas !!!

Bref, vous l’aurez compris, mourir ça fait mal à tout le monde, donc autant éviter tant que faire se peut, même si l’on doit tous y passer, comme la case Départ du Monopoly.

La mort dans notre société

Attention, alerte scoop spoil dernière minute breaking news flash info express :

Mourir est illégal.

Et pour info, vivre l’était jusqu’en 1948. Oui, se suicider (et rater, notamment avec des substances illicites) ou ne pas empêcher une personne de se donner la mort est passible d’emprisonnement. Et pour dire à quel point on peut aller loin : le maire de La Gresle (Loire), dans l’Oise, est parvenu à faire passer un décret interdisant à ses ouailles de mourir chez eux le week-end, faute d’assez de médecins !

Paradoxalement, malgré cette illégalité, certains pays en font leur peine capitale. D’une certaine manière, ils ne font que se substituer au squelette à la faux, prétextant que « tout le monde est égaux face à la mort, mais certains moins que d’autres » (en référence à la Ferme des Animaux de George Orwell)…

Bien qu’une société soit fondée en partie sur les classes sociales, et donc les inégalités, l’on se rend compte à travers l’Histoire que la qualité de celle-ci dépend énormément de son rapport à la Mort : relations vivants-défunts, rites et célébrations, gestion du deuil, etc.

La mort dans la spiritualité

L’approche spirituelle de la Vie indique que nous sommes des âmes qui faisons l’expérience de la vie incarnée, et non des corps qui possédons une âme. De ce fait, les notions de Vie et de Mort n’ont rien à voir avec l’approche biologique ; il y est davantage question de cycles, sans début ni fin, et que chaque vie incarnée ne représente qu’un pas dans le chemin de l’existence animique.