Je ne suis qu’un chat domestiqué

Chat

Je m’appelle Orian, mes surnoms peuvent varier selon si l’on est complètement gaga ou que l’on me crie dessus, et il n’y a que mon vétérinaire qui m’appelle comme ça aujourd’hui ! J’ai un an et demi, et je vis près du Mont-St-Michel.

J’ai eu des débuts difficiles, mes anciens propriétaires n’avaient rien trouvé de mieux pour se débarrasser de moi que de m’enfermer dans leur garage ; j’ai survécu comme j’ai pu et c’est probablement de là que vient mon addiction au chocolat. Mes nouveaux propriétaires m’ont sauvé in extremis, mais doivent faire attention à chaque fois qu’ils mangent du chocolat !

Ma vie est une vie de chat, dans 100m² clos, ce qui me restreint en comparaison des 70 ha si je vivais en extérieur ; je regarde le monde extérieur avec le sentiment qu’un petit quelque chose me manque. J’ai plus d’intérêt pour les bouchons, les sacs, les cartons et les plumes que pour les jouets commerciaux onéreux. On me considère comme globalement propre et obéissant, mais il s’avère que les ordres sont souvent synchrones avec mes besoins ; j’ai pris le rythme des résidents comme référence, et forcément je ne comprends pas lorsqu’ils changent leurs habitudes ! Évidemment, tout est prétexte à remettre en question la qualité de mon dressage : monter sur les étagères ou les poutres, renverser et casser les objets, faire la java la nuit, brouter les plantes, voire faire mes besoins là où je ne devrais pas ou laisser mes pulsions de carnivore prendre le dessus pendant les heures de jeu… Les bras et les jambes des résidents portent d’innombrables stigmates !

Les résidents de ma maison d’accueil se posent beaucoup de question me concernant : doivent-ils me laisser sortir, avec tous les risques liés à la route ? suis-je heureux enfermé, malgré les attentions dont je fais l’objet ? Peuvent-ils me laisser plusieurs jours seul ? Je sens que j’ai besoin de leur présence autant qu’eux ont besoin de la mienne ; je voyage d’ailleurs dans le camping-car sur les épaules du passager. Je suis une vraie éponge émotionnelle et mes réactions sont proportionnelles aux tensions qui peuvent peser de temps en temps, et cela, logiquement, n’apaise pas lesdites tensions ! Je suis leur baromètre à malaise ponctuel…

L’on s’est également posé la question de savoir si je serais plus heureux avec un compagnon félin. C’est un grand mystère : une femelle pourrait mettre mes pulsions reproductrices au devant de la scène, malgré le fait que ma descendance ne soit plus assurée ; un mâle activerait mes instincts de préservation territoriale. La problématique est complexe !

Je vis le moment présent, sans rancune ni regret, mais mes instincts sont fortement bridés. La notion d’animal de compagnie dessert avant tout les intérêts des propriétaires, et dissocie le confort du bien-être de l’animal. Dehors, je vivrais ma vie de chat, avec ses souris, ses conflits et ses risques en traversant les routes… Je n’ai pas le recul nécessaire pour savoir si ce que je mets de côté est pour un mieux ou pas. Je me rends parfois compte que j’inquiète mes propriétaires ou que je mets leurs nerfs à rude épreuve. Après tout, je ne suis qu’un chat domestiqué, mais je reste avant tout un chat.