La fidélité

Vie intérieure / Pensées

Tiens, voilà une suite assez logique de l’article sur la contrainte ! Ce que l’on jure à la personne aimée est en fait un mépris total de sa propre nature et du fonctionnement des relations.

Ayez la foi…

Le mot fidélité vient de fidelis, qui est la racine des mots fidèle (comme Lassie), foi et confiance. Cela dénote un rapport de sincérité entre deux individus, dans lequel l’échange, l’écoute et le partage ont une place plus importante que la suspicion, la cachotterie ou le renvoi des problèmes sur l’autre.

La fidélité telle qu’énoncée lors des vœux de mariage est en fait à comprendre ainsi :

Je fais confiance à mon compagnon de respecter le serment d’exclusivité conjugale, et ce quelle que soit la qualité de notre (més)entente.

En fait, on prend le problème à l’envers : on considère que c’est le fait d’aller butiner ailleurs qui est à l’origine qu’une relation conjugale va mal, alors qu’il s’agit généralement de la conséquence de ce mal-être. De ce fait, oser avoir des « pensées impures » revient à potentiellement tromper la confiance que l’autre a établi en notre exclusivité relationnelle. Grosso modo, toute personne franchissant la ligne rouge doit se justifier d’être simplement plus proche de son état naturel…

Une emprise patriarcale

Tout découle d’une problématique existentielle spécifiquement masculine : le fait de savoir si, dans un groupe d’individus limité à un couple et leur engeance (on appelle cela une famille nucléaire*, et on se plaint que les relations soient souvent radioactives), le père est bien le père de son enfant. Car pour la mère, le doute est moins admis, étant donné que ce qui sort de son ventre est forcément sien (on fera l’impasse des mères porteuses et de celles dont on a jugé l’infidélité). Car en fait, les hommes peuvent s’autoriser à butiner ce qu’ils désirent, mais pas les femmes. Confiance : zéro !

Dans les sociétés matriarcales, l’exclusivité conjugale n’existe pas car il n’y a pas de notion de supériorité masculine ou de famille nucléaire. Les personnes vivent en groupe, les enfants sont communs au groupe et il n’y a pas de relation exclusive, uniquement consentie. Donc il n’y a pas tromperie car il n’y a pas de confiance / contrainte !

Revoir le sexe ?

Non seulement on a interdiction d’aller butiner ailleurs quand on est en couple, ni avoir des relations libres sous couvert d’être considéré comme un gigolo ou une péripatéticienne, mais en plus le catholicisme a enfoncé le clou en interdisant d’avoir du plaisir pendant l’accouplement, ce qui est physiologiquement la base du long terme d’une relation pour homo sapiens ! D’ailleurs, le Tao de l’Art d’Aimer, écrit avant que le patriarcat ne devienne la norme sociale en Chine au VI° siècle, prône le plaisir féminin par le contrôle de l’éjaculation, en partant du postulat qu’une femme satisfaite par son homme n’aura aucune raison de le tromper.

Et si l’on mettait l’activité sexuelle au même niveau que les loisirs ? Cela obligerait à revoir considérablement notre relation au corps, à l’autre et à la sexualité en général. Dans les loisirs, il y a des activités qu’on préfère à d’autres, des partenaires qu’on préfère à d’autres, des moments qu’on préfère à d’autres… Vous n’y trouvez pas énormément de similitudes ? C’est ce que font les couples que l’on qualifie de libertins, libérés ou échangistes.

Ce qu’il est aussi important de revoir est la raison pour laquelle des personnes décident de se mettre en couple, et notamment la notion de projet commun. Qu’il s’agisse de parentalité, de développement professionnel ou de style de vie, ce serait dommage que tout soit remis en question si au niveau du plumard cela ne colle pas…


  • du grec nukleos, qui veut dire noyau. Car l’énergie nucléaire se base sur la fission de noyaux