La peur

Vie intérieure / Pensées

J’ai déjà parlé précédemment du message derrière les émotions, je vais revenir spécifique sur celle qui nous coupe du présent : la peur.

La balance entre le passé et le futur

Qu’il s’agisse des araignées, de perdre un être aimé ou de se retrouver seul dans un ascenseur, toutes les peur ont le même schéma :

  1. d’une part, on a une information issue du passé, vécue ou racontée, sur le potentiel délétère d’un animal, d’un objet ou d’une situation
  2. d’autre part, la pensée que, dans le futur, le potentiel délétère de cet animal/objet/situation puisse arriver

Le premier point peut avoir diverses origines. Parmi les racontées :

  • contes et histoires
  • faits divers
  • superstitions, injonctions

Parmi les vécues :

  • traumatismes
  • dépendance affective
  • dispositions physiologiques (allergie à des piqûres ou venins, vertige…)

Ces prédispositions innées ou acquises prennent le pas dans tous les raisonnement, comme des mécanismes de défense et de préservation, telles des conditions sine qua none à toute action, et que seul le zéro-doute est admis.

La peur dans les relations

La plus grande peur dans une relation est celle, justement, de perdre la relation. Étant donné que l’autonomie affective n’est plus intégrée dans les processus d’individuation de l’enfant, et que l’on tend d’une part à ne pas couper le cordon ombilical (virtuel) avec la mère et d’autre part à compenser son indisponibilité par la consommation, il est évident que les Histoires d’Amour soient le sujet de prédilection des chansons, romans et productions artistiques en général.

La rupture du lien affectif revient quelque part à une petite mort, au fait d’intégrer dans notre être que l’on n’est pas maman et que maman ne fait pas partie de nous non plus. Mais en compensant ce lien par de la consommation, on considère que toutes les relations d’amour doivent être de même nature, à savoir :

  1. une relation jusqu’à la mort
  2. une fidélité à toute épreuve (l’amour d’un mère est indéfectible)
  3. des preuves d’amour à gogo, car sans preuve on ne peut capter l’attention de l’autre ni se sentir aimé.e, mais pas toujours bien comprises
  4. une double relation parent-enfant, pour reprendre les concepts d’Analyse Transactionnelle, où l’un va jouer à la fois le parent et l’enfant de l’autre (entre des « fais pas ça ! » et des « je m’inquiète pour toi », et des infantilisations comme « bébé »), et dans laquelle un dialogue entre adultes semble signe de rupture imminente

Bref, vous l’aurez compris, se mettre en couple revient à se mettre en situation de peur permanente de rupture du lien, et tout est bon pour ne pas remettre en question les fondations de la relation : taire ses doutes et ses déplaisances, acheter l’attention de l’autre de façon exponentielle, brider son réseau relationnel pour ne pas attiser les jalousies, etc.

La peur dans la société

Il existe deux modèles pour assujettir une personne : l’amour et la peur. L’amour la maintient dans le présent, faisant de la confiance, la créativité, l’initiative, la bienveillance des règles d’or ; la peur la maintient entre le passé et le futur, faisant de la crainte, la méfiance, l’obéissance aveugle et l’égocentrisme des règles d’or. Vous aurez aisément compris dans quel monde nous vivons.

Étant donné qu‘aucune civilisation n’est fondée sur l’égalité des individus, car ce sont ces inégalités définies et purement arbitraires qui font les classes sociales, la domination et le modèle économique que nous connaissons, il est aujourd’hui inconcevable d’imaginer un monde où tout le monde serait égaux. En cela, des solutions dites citoyennes auront un mal fou à voir le jour, comme la responsabilisation individuelle ou le revenu universel. L’égalité citoyenne remettrait en question :

  • les classes sociales
  • les avantages sociaux
  • l’économie basée sur le travail, moteur également de la reconnaissance et d’une retraite bien méritée
  • la concurrence et la compétitivité, supposés moteurs de l’innovation, de la recherche et du dépassement
  • le stoïcisme d’État, dans le maintien des règles séculaires et des certitudes de gouvernance
  • la notion de pauvreté, nécessaire à la motivation pour ne pas s’y confronter
  • la discipline, et la justification des lois (droit & justice) et du maintien de l’ordre (police, gendarmerie & armée)

En y réfléchissant, les seules personnes pour qui l’égalité de tous poserait un souci existentiel sont :

  • les patrons d’entreprises multinationales
  • les politiciens
  • les nobles
  • les fonctionnaires d’état qui ont choisi leur métier pour les avantages

Ce qui, en y réfléchissant encore, représente une part infime de la population mondiale !

Progrès et a-croissance

Bien que l’on puisse remercier la Nasa de nous avoir apporté le velcro, les cafetières à dosettes et les aspirateurs sans fil, il est important d’intégrer le fait que la conquête spatiale n’est qu’un prétexte à une guerre concurrentielle entre puissances étatiques, et non une finalité à préserver la planète et ses habitants. On peut d’ailleurs noter que nombre de recherches concernent des exo-habitats (stations spatiales, Lune, Mars…) et non des moyens de préservation de notre habitat actuel. Cela démontre bien à quel point l’intérêt de la population et de la planète passe au second plan !

On peut se poser la question de savoir si le monde tel qu’on le connaît, en l’état actuel des connaissances et de leurs applications, aurait pu arriver à pareil niveau sans civilisation. En clair, le progrès est-il l’apanage de la civilisation. La sagesse voudrait qu’il n’existe aucune réponse à une hypothèse qui n’a jamais eu lieu, et qui ne peut avoir lieu dans les conditions énoncées. Cependant, des éléments permettent de porter des pistes de réflexion, comme la période qui s’est écoulée entre les débuts de l’abstraction de la pensée, que l’on suppose de l’époque d’Homo Sapiens vers 150.000 avant JC, et le début des premières civilisations il y a moins de 10.000 ans suite à la sédentarisation en Mésopotamie, on se rend compte que les priorités individuelles sont relativement récentes dans l’échelle de l’Humanité, et davantage subies que souhaitées.

Il est aisé de supposer que nous ne serions jamais allés sur la Lune et n’aurions probablement jamais connu Internet (au grand dam des fans de chatons), mais probablement poussé davantage les compétences artistiques et l’entraide au sein de groupes restreints, très probablement matriarcaux. L’intérêt collectif serait aussi important que l’intérêt personnel, et les relations seraient libres et non exclusives.