La responsabilité

Vie intérieure / Pensées

Il semblerait que ce concept soit autant à fuir que la peste. Pourtant, ce serait grâce à lui que l’on pourrait endiguer la majorité des maux de la Terre. Petit tour d’horizon.

Être responsable

Le mot responsabilité a la même racine que répondre, non dans le sens d’une réponse à une question, mais dans le sens d’assumer les conséquences d’un acte. Là où la difficulté est grande, c’est que le responsable d’un acte n’en est pas toujours l’auteur. Car, selon certaines lois, différentes catégories de personnes sont jugées inaptes à assumer les conséquences de leurs actes :

  • les enfants mineurs
  • les déficients mentaux
  • certaines personnes âgées
  • les personnes neurodégénérescentes

De ce fait, leurs actes sont sous la responsabilité d’un tuteur, une personne qui répondra des conséquences. A la différence du tuteur qui aide les plantes à pousser droit, rien n’indique qu’assumer les responsabilités d’autrui l’aide concrètement à grandir…

Un système infantilisant

Si le mot adulte signifie « qui a grandi », que peut-on dire des personnes vivant dans un monde qui les pousse à ne pas prendre leurs responsabilités ? Car là où les modèles législatif et judiciaire pêchent, c’est bien dans leur capacité à rendre les gens responsables :

  1. il est uniquement punitif, et tout le monde sait (ou pas) que la punition n’est pas porteuse de leçon
  2. il prône le tort exclusif, alors que lorsqu’une affaire concerne deux individus, les torts sont partagés
  3. il n’est ni éducatif ni réparateur, dans le sens où des travaux d’intérêt sont bien plus valorisants qu’un séjour en isolement

Les proportions de ces déresponsabilisations sont devenues immenses, notamment dans le travail auprès des enfants ou dans les situations risque physique. Cela me rappelle une histoire où une collègue, mère, voyait la relation avec sa nourrice devenir problématique à cause de leurs restrictions grandissantes à pouvoir venir en aide aux enfants, notamment ceux sous ordonnance médicale.

Mais cela s’étend à tous les secteurs :

  • parentalité, qui se décharge sur l’école
  • enseignement (je n’aime pas le terme éducation, car c’est aux parents de s’en charger et pas aux instituteurs)
  • tourisme
  • propreté et salubrité des lieux publics
  • location immobilière (qu’il s’agisse du locataire envers le propriétaire ou l’inverse)
  • salariat

Globalement, tous les secteurs, tant qu’on peut se dire qu’un autre sera en mesure d’assumer les conséquences de nos actes, ou plus vulgairement de nettoyer notre m*rde car il est payé pour ça. Ce genre de raisonnement est à l’origine des incivilités croissantes (entre les mégots et les masques laissés par terre, et les employés s’efforçant à rendre les lieux présentables), des procédures administratives abusives car les personnes ne savent pas dialoguer avec ce qui leur pose du tort (et dans tous les cas, ce n’est pas de leur faute si en campagne le coq chante à pas d’heure), et qui donne à leur progéniture une image d’un monde dans lequel la confiance n’a nullement sa place, et où la méfiance est de mise. Il est évident qu’un modèle comme le revenu universel ne peut grandir dans un tel monde.

Les changements à proposer

Le modèle judiciaire

La loi n’offre qu’un cadre, il revient à la justice de déterminer les causes du dépassement de ce cadre et d’établir la responsabilité de l’individu dans ledit dépassement. C’est ce qu’on appelle les intentions. Voler par appât du gain, par trouble cleptomaniaque ou pour se nourrir sont des intentions totalement différentes pour un même acte, qu’est celui de s’approprier un bien privé/privatisé sans contrepartie. Et l’enfermer physiquement ou la bourrer de cachetons ne vont pas régler son problème de fond.

L’idéal serait que le modèle répressif vienne en dernière instance d’un modèle préventif. Sauf que l’on ne peut faire du préventif que si l’on considère les personnes capables de réflexion et de discernement. Comme on naît sans ces paramètres, s’ils ne nous sont pas inculqués, on ne peut pas les deviner…

Le modèle éducatif et économique

Il est important de recentrer les parents sur leur véritable fonction. Malheureusement, non seulement le modèle économique incite les deux protagonistes à devoir travailler et déléguer la garde de leurs bambins, mais les conditions de travail ne laissent pas non plus l’esprit serein pour mener à bien cette mission délicate, dans lequel leurs propres modèles parentaux peuvent entrer en conflit. Quel bazar ! Ajoutez à cela que le fait de considérer l’enfant comme une personne l’a fait passer de la position de punching-ball à celle de Dieu vivant, et vous obtenez un cocktail détonnant vis-à-vis d’un individu qui n’a aucune once de discernement quant à ce qu’on lui présente !

Enfin, la globalisation de la gestion des individus et leur catégorisation systématique limitent la pensée et développe le sentiment de peur, car chaque étiquette est naturellement associée à une tare ou une sanction.

Bref, y a du boulot !