Le mensonge

Vie intérieure / Pensées

J’avais déjà évoqué le mensonge dans l’article sur la réalité et la vérité, je vais le détailler plus en profondeur. Le mensonge, comme précédemment évoqué, est directement lié d’une part à la survie, et d’autre part à l’apprentissage comportemental, où l’on définit la qualité de ses actions selon les retours des autres, notamment de ses parents. Une fois le comportement assimilé, on entre aisément en phase de manipulation d’autrui.

Pourquoi ment-on ?

Il existe différents types de mensonges. Il y a eux que l’on peut aisément vérifier (« il fait beau » alors qu’il pleut) et ceux pour lesquels il est plus difficile (comme les arguments d’une personnalité sensée experte dans son domaine souffrant d’ultracrepidarianisme). Enfin, il y a le mensonge par omission, qui en soi n’est pas un mensonge étant donné qu’on est dans la non-information, mais on en parlera plus tard.

On ment principalement dans deux cas :

  1. pour obtenir une récompense non « méritée »
  2. pour ne pas blesser une personne, la contenir dans un état particulier

Dans le premier cas, que l’on peut rapprocher de la triche, seul l’intérêt du menteur est mis en avant, donc son ego. Les considérations ou conséquences altruistes passent au second plan, notamment dans les qualités relationnelles qui peuvent se dégrader ; on peut voir ces relations comme des kleenex.

Dans le second cas, on tient à conserver une emprise, volontaire ou involontaire, en considérant l’autre comme incapable d’accepter une Vérité, ou comme si cette Vérité avait le pouvoir de remettre une qualité relationnelle en question. On le retrouve beaucoup dans les messages politiques et les médias orientés, mais aussi beaucoup dans les relations conjugales, amenant à des vies doubles (une publique aux yeux du conjoint, une cachée) et des clashes.

Ne fait-on pas confiance aux autres ?

Dans un monde où l’individualisme et la comparaison permanente prône sur l’entraide et la coopération, c’est difficile d’un côté de faire confiance, et d’un autre d’allier son propre intérêt à celui de l’autre. On considère également que le choix implique un renoncement, que l’approche décisionnaire est uniquement binaire (blanc ou noir) et que la fin (la récompense) justifie les moyens (le mensonge). De plus, le lien d’attachement que l’on développe envers une autre personne incite à mentir pour éviter toute rupture (c’est le cas de le dire) de ce lien.

De nombreuses histoires mettent en avant le mensonge, comme Pinocchio (qui se voit comme le nez au milieu de la figure), ou My Wonder Women et l’inventeur du détecteur de mensonge basé sur l’analyse physiologique qu’engendre le fait de mentir, ainsi que Psycho-Pass, où l’on mesure la dangerosité d’une personne par son niveau de stress. De plus, la majorité des sociétés futuristes dystopiques sont basées sur la méfiance, car la moindre dérogation à la loi est considérée comme un parjure.

Ne pas dire, est-ce mentir ?

Beaucoup répondraient que oui, moi je répondrais que non. On a tous notre vie personnelle, nos relations propres et non communes avec le conjoint, nos faiblesses et nos fantasmes. La confiance mutuelle doit inclure ce jardin secret, tant que celui-ci n’a pas pour conséquence la remise en question des fondements de la relation.

Nous avions une vie avant une relation, cette vie ne s’arrête pas pendant la relation. Elle peut cependant être incompatible avec la relation, et le non-dit, dans ce cas, pourra avoir de fâcheuses répercussions. En revanche, entre ne pas parler d’un sujet et nier/éluder ce sujet, je considère le second comme un mensonge.

Un excès d’honnêteté est tout aussi mauvais

L’honnêteté est une Vérité générale du seul point de vue de celui qui l’énonce. On ne dira jamais LA vérité à quelqu’un mais SA vérité, ce qui revient à un jugement, et une vision limitée et limitante de la personne.

Et c’est là qu’entre en scène la communication non-violente (CNV). La CNV est la capacité à exprimer une opinion de la manière la plus subjective possible, sans faire ni généralité ni jugement (et l’on rejoint le premier accord toltèque), et en ne parlant que de soi et de ses ressentis. Libre à l’autre de les entendre et de faire preuve de compassion, mais ce n’est pas une obligation, bien moins qu’imposer SA vérité.

Dans l’absolu, ill est impossible de ménager les réactions d’une personne, malgré toute la préparation possible et imaginable. Chacun devra vivre ce qu’il a à vivre face à une Vérité, et il peut y avoir un fossé entre admettre « préférer une vérité blessante à un doux mensonge » et se retrouver finalement confronté à une vérité blessante. La véritable qualité relationnelle est basée sur le partage et l’honnêteté personnelle, même si cela signifie privilégier la qualité à la quantité des relations.