Le voyage dans le temps

Vie intérieure / Pensées

La question du voyage dans le temps a certainement dû être posée en même temps que la prise de conscience des regrets ou la tristesse de la perte tragique d’un être aimé, pour changer l’issue des évènements. La science-fiction a traité ce sujet en long et en large, non sans contradictions. Faisons un point.

Qu’est-ce que le temps ?

On parle du temps pour évoquer la météorologie, les heures, et d’une manière générale tout ce qui peut placer notre perception entre ce qui est passé et ce qui ne l’est pas encore. Le terme le plus approprié serait la chronologie, ou la succession des évènements. Cette observation de la linéarité a conduit à une représentation causale des phénomènes.

En physique quantique, et en tenant compte que l’observation macroscopique biaise son objectivité, il est admis que les particules appelées tachyons auraient la possibilité de renverser la causalité, donc de remonter le temps.

Étant donné que notre système sensoriel met un temps certain pour transmettre l’information au cerveau, et un autre temps pour la conscientisation, on peut considérer que tout ce que l’on perçoit fait déjà partie du passé ; de ce fait, seul le ressenti est pur présent.

Différentes théories

Théorie #1 : lignes temporelles parallèles

Exprimé dans des œuvres comme Bokura No ou Steins;Gate, il existerait une infinité de lignes temporelles, et une altération suffisamment importante permettrait de passer d’une ligne de temps à une autre. Chaque ligne diffère d’un choix antérieur, et l’infinité des choix donne l’infinité des lignes. De cette théorie, et étant donné que le choix est un peu le propre de l’homme, on peut se dire qu’il n’y avait qu’une seule ligne temporelle du Big Bang à la pré-humanité, et qu’il n’existe qu’une seule ligne temporelle à l’échelle de l’Univers, jusqu’au jour où on sera capable d’altérer les galaxies…

Si l’on prend le paradoxe du grand-père, si je remonte dans le temps et que je tue mon grand-père, la probabilité que je naisse descend à 0 ; au final, je n’aurais jamais pu remonter dans le temps, sauf si je crée une ligne de temps dans laquelle j’apparais ex nihilo, et que je sois définitivement sorti de ma ligne de temps originelle.

Théorie #2 : l’inéluctabilité

Dans La Machine à Explorer le Temps, le protagoniste essaye d’empêcher la mort de sa dulcinée en remontant dans le passé ; il se rend compte que, quelles que soient les changements scénaristiques, il y a toujours une raison pour qu’elle décède au même moment. Un des points clés de cette approche est qu’il s’incarne dans sa personne, et le retour dans le temps ne fait pas apparaître 2 versions de lui-même (la question reste entière quand il part en 800 000 après J.C.).

Théorie #3 : sortir du système planétaire

Notre horloge biologique et notre perception du temps dépendent, selon les lois de la Relativité Générale, du référentiel spatio-temporel dans lequel nous nous trouvons. De ce fait, une théorie indique que, si un individu se déplaçait beaucoup plus rapidement que la Terre autour du Soleil (30 km/s), il vieillirait moins vite. Il peut donc se rendre dans le futur, mais dans un futur où il aura été absent. On retrouve ce cas dans Interstellar, quand les astronautes se rendent sur une planète aux abords d’un trou noir : 3 heures sur la planète aura duré 23 ans pour le vaisseau en orbite.

Théorie #4 : le spectateur

Si nous pouvions revenir dans le passé, mais sans pouvoir l’altérer ? On retrouve ce cas dans le film Frontier, où le protagoniste se retrouve en pleine seconde guerre mondiale en Russie, mais sans pouvoir parler aux soldats ni se sentir visé par les tirs. C’est ce qu’offre la vidéo souvenir, d’une certaine manière.

Théorie #5 : les tachyons

Plus science-fiction, que l’on retrouve dans la série Flash, les tachyons auraient la possibilité d’inverser le processus de causalité, et donc de remonter dans le temps. Comme expliqué, l’observation macroscopique altère notre opinion quant à la nature exacte des particules, notamment sur les dualités spatiales, étatiques et ondulo-corpusculaires.

Théorie #6 : les trous de ver

Le trou de ver, ou pont d’Einstein-Rosen, est un tunnel d’espace-temps, ou plus précisément d’absence d’espace-temps, reliant deux points distincts de l’espace en annulant le temps les séparant, indépendamment de la distance entre ces points (même sur des millions d’années-lumière). On retrouve ce concept dans beaucoup de films, notamment dans Déjà Vu, où le protagoniste tente d’empêcher un meurtre en entrant dans un trou de ver qui lui montre une action à 4 jours en arrière, ou dans la série Dark, un trou de ver permet de faire des bonds de 30 ans dans le passé ou dans le futur grâce à une boucle temporelle.

Dans l’absolu, le trou de ver ne permet pas de remonter dans le temps, il permet juste d’annuler l’espace entre deux points distincts, et donc le temps nécessaire à son parcours. Ce que vous verrez de l’autre côté sera forcément le présent, en un autre lieu : le traverser ne fera que vous transporter dans l’espace immédiatement.

Théorie #0 : les temps parallèles

Je la note en théorie 0, car elle peut s’appliquer à différentes théories citées ci-dessus : quand un protagoniste part 1h dans le passé, il revient 1h plus tard dans son présent. On retrouve ce cas dans L’armée des 12 Singes, Code Quantum (ce qui lui permet de discuter avec Al). C’est comme si le passé était considéré comme une ligne de temps parallèle, comme si un cordon retenait le protagoniste dans le présent, faisant s’écouler les 2 temps simultanément.

Qu’en est-il concrètement ?

Le temps n’est qu’une mesure, et n’a d’existence intrinsèque que lorsqu’elle est mesurée, comme une longueur. Comme toute mesure, et quelle que soit l’unité choisie, sa valeur est comprise dans l’intervalle ]0,+∞[, la valeur 0 étant l’absence d’élément à mesurer (de ce fait, les degrés Kelvin sont plus cohérents que les degrés Celsius). Toute mesure est donc strictement positive, quelle que soit l’orientation de votre double-décimètre (1 cm à l’envers ou 1 cm à l’endroit feront toujours 1 cm).

Vouloir remonter le temps devient ainsi une absurdité mathématique, comme 1 divisé par 0 (cela donne ∞). La soustraction est le retranchement d’une valeur positive par une autre valeur positive : 5-2 peut valoir 5 + (-2), mais il est plus correct qu’il soit (+5) – (+2). Et si l’on désire faire 2-5, le résultat peut aussi s’écrire – (+3), qui signifie une mesure de 3 de l’autre côté de l’origine du référentiel.

En résumé, on ne peut remonter une unité de mesure. En ce qui concerne le désir égotique de vouloir changer le passé, il est plus important de ravaler notre amertume et d’accepter que certains événements, qu’ils soient de notre fait ou non, n’auraient pu être autrement au moment où ils ont eu lieu. La maturité est de prendre leçon de cela, par le recul et le pardon, pour grandir et ne pas reproduire les mêmes erreurs.