Les histoires policières

Vie intérieure / Pensées

Je profite de cette longue attente jusqu’à mon prochain atelier de bilan de compétences et mon entrevue avec Tec Tra Bois pour vous parler des histoires policières. La majorité de ces histoires concernent la résolution d’un homicide, et suit le parcours et le raisonnement de l’enquêteur de la découverte du méfait jusqu’à l’arrestation du coupable.

Pourquoi des homicides ?

C’est vrai, pourquoi toujours voir des morts et du sang ? Pourquoi ne pas faire des investigations holmesques sur un vol de sucettes ou la perte des clés de la maison ? Il s’agit d’une adaptation contemporaine de la tragédie grecque, la mort apportant une dimension de non-réparabilité de l’acte (la résurrection n’est toujours pas au point), de confrontation à la moralité et aux valeurs judéo-chrétiennes, sans oublier les réactions émotionnelles et la spirale vengeresse qu’elle peut engendrer, ainsi que la mise en exergue de comportements psychopathologiques (cela ne veut absolument pas dire qu’il n’y a pas de psychopathes parmi les voleurs de sucettes) et des retors de l’âme humaine.

L’autre raison qui amène à enquêter sur des homicides est la notion de rendre justice. Pour reprendre les concepts de Bien et de Mal, l’on considère que trouver le coupable et appliquer une sentence est une victoire quasi divine, en appuyant également sur le parcours tortueux de l’enquêteur qui lui redonne sa part d’humanité. Ainsi, l’enquêteur s’attire la sympathie du spectateur, tant dans son rôle de héros que d’humain.

Entre droit et justice

Rappelons quelques définitions :

  • Droit : cadre dans lequel la sécurité et l’intégrité physiques ou morales d’un individu sont supposées assurées, dans les limites des acceptations sociales ou religieuses (choquer les bonnes mœurs n’est jamais vu d’un bon œil, même si l’on ne fait de mal à personne…).
  • Justice : procédure permettant de déterminer les circonstances ayant amené un individu à sortir du cadre, et à appliquer une sentence punitive proportionnée selon la gravité et l’intentionnalité (je tiens à préciser que télécharger de la musique condamne autant qu’une violence entraînant une longue ITT, c’est proportionné).

L’incertitude absolue

A force de regarder des films ou des séries, car j’aime à savoir comment les enquêtes sont résolues, je me rends compte qu’il n’existe aucune preuve directe reliant une personne à un fait :

  • les empreintes peuvent être rajoutées, autant que des éléments reliant à l’acte (armes, biens de valeur, biens illégaux ou illicites…)
  • les témoignages peuvent être erronés (fiabilité sensorielle ou mémorielle, mensonge délibéré)
  • les messages menaçants sont souvent des façons de parler ou des moyens de pression
  • les aveux peuvent être faux
  • les techniques de trucage numérique évoluent à un point où la distinction entre un media original et un media trafiqué devient indiscernable
  • une personne peut avoir un mobile (une raison valable d’agir), les moyens (la capacité à agir tel que le crime a eu lieu) et aucun alibi (une confirmation de son activité au moment des faits), et pourtant ne jamais être passé à l’acte
  • des actes et opérations officiels (transferts d’argent, documents notariés, contrats…) ne restent que des éléments indirects ou des mobiles

De ce fait, comment résout-on une enquête ? Est-ce que les regroupements des différents éléments énumérés ci-dessus sont suffisants pour certifier à 100% de la culpabilité d’un individu ? Je repense au film La Vie de David Gale, où Kevin Spacey souhaite dénoncer la peine de mort, et par la même montrer l’absurdité du système judiciaire, en se condamnant lui-même pour un soit-disant meurtre monté de toutes pièces (spoil : c’est une cassette VHS montrant l’intégralité de la scène qui aurait pu permettre de l’innocenter au moment de l’injection létale).

Poussons le bouchon

On peut aisément supposer qu’il existe plus d’affaires irrésolues que d’affaires résolues, que de nombreux innocents sont incarcérés ou condamnés en lieu et place des coupables toujours en liberté. Mais d’autres facteurs sont à prendre en considération, qui rendent encore plus complexe l’inculpation d’un individu :

  • la personne est-elle responsable ? A-t-elle la possibilité d’intégrer l’étendue de son acte, et d’en assumer les conséquences ?
  • la personne a-t-elle eu son identité usurpée ? Comment démontrer que nous ne sommes pas nous ?
  • la personne dispose-t-elle de plusieurs personnalités ? Auquel cas, comment inculper l’une sans porter préjudice aux autres ?
  • les actes de la personne dépendent-ils d’une autorité ? Auquel cas, est-ce le commanditaire ou l’agisseur qui doit endosser la responsabilité ?
  • l’acte est-il celui d’un imitateur ?
  • les phénomènes impliqués dépassent-ils les connaissances et acceptations scientifiques ?
  • l’enquêteur est-il lié affectivement au suspect ? son raisonnement peut-il être objectif ?

Minority Report ou Psycho-Pass ?

Le film dans lequel jour Tom Cruise avait pour vision d’anticiper les crimes en se basant sur des individus pré-cognitifs, sensibles aux intentions létales. Par ce biais, les futurs criminels étaient interpellés avant de passer à l’acte. Ce système, contrôlé par des humains, fut détourné par le directeur du service pour masquer un homicide, en imitant les circonstances d’un autre décès ; pris pour une forme de réminiscence, la vision est passée en rapport minoritaire, d’où le titre du film.

Cette approche soulève au moins un point crucial : l’intention de vouloir tuer. A la différence du manga Psycho-Pass, où le système juge l’intentionnalité sur le niveau de stress, tuer par désir et tuer en situation de panique sont deux abords différents. De plus, dans le second ouvrage, non seulement la sentence est immédiate et radicale, mais les criminels psychopathologiques au niveau de stress quasi nul ne sont pas reconnus comme des suspects potentiels.

Des deux méthodes, Minority Report semble la plus humaine. L’intentionnalité n’est jamais démontrable par une preuve matérielle extérieure.

Qu’en conclure ?

La majorité des criminels agissent en désespoir de cause et leur conscience reprend généralement le dessus. Pour les autres, c’est généralement en se basant sur l’émotion originelle de leur comportement que les enquêteurs arrivent à déstabiliser leur suspect, et à les pousser aux aveux ou à les faire agir de manière à les trahir.

Dans tous les cas, c’est le jeu d’enquête qui reste le plus intéressant, plus que l’homicide lui-même ou ses circonstances. Certains auteurs (Agatha Christie, ou le manga Detective Conan) laissent toujours des blancs pour piéger le spectateur et l’empêcher de deviner le suspect, soutenant l’intrigue jusqu’à sa résolution.