L’origine du bien et du mal

Vie intérieure / Pensées

Je suis avec assiduité un anime manga, Babylon, dont le sujet est l’adoption à l’échelle mondiale d’une loi autorisant le suicide. L’histoire est totalement fictive, mais les concepts abordés amènent à une grande réflexion. Dans l’épisode 11, un conseil des 7 chefs d’état, dont une de leur ville a décidé d’adopter la loi, est réuni pour réfléchir à la place du suicide dans la société, à l’échelle mondiale. Étant donné la complexité de la question, l’un d’eux propose de rechercher les notions de Bien et de Mal, indépendamment de leurs aspirations politiques et culturelles, en baissant le panneau du pays qu’ils représentent. S’en suit le dialogue (même s’ils sont 7, on dira donc l’heptalogue) suivant :

  • Le bien et le mal sont des concepts opposés. Il sera difficile d’y penser simultanément
  • Vraiment ? C’est ce que nous supposons. Peut-être que le bien et le mal sont parallèles.
  • La loi est basée sur le bien. Aucune loi n’est basée sur le mal. Il serait approprié de commencer par le bien, pour cette loi.
  • Alors, qu’est-ce que le bien ?
  • Dans le dictionnaire, le bien est ce qui est considéré comme moralement juste.
  • La morale n’est-elle pas une norme sociale ?
  • Elle serait donc créée par la société ?
  • Si personne d’autre que vous n’existait, le bien et le mal n’existeraient pas.
  • Ce n’est pas vrai. S’il n’y avait qu’une seule personne au monde, le bien et le mal existeraient. Par exemple, être pur, être vertueux.
  • Alors, l’orgueil d’un être humain relève du bien ?
  • Ces choses ne sont que des manifestations de la sociabilité. Le bien, dans le but d’être montré à Dieu.
  • C’est vrai. Notre code moral se base sur le sentiment que Dieu nous regarde.
  • Au Japon, nous avons un proverbe : « Tu seras puni par le ciel. »
  • Le bien n’existe-t-il que pour les humains ?
  • Si la manifestation du bien et du mal est le fait du groupe, ils existeraient pour les animaux qui vivent en groupe, comme les éléphants ou les singes.
  • Vous pensez vraiment que les éléphants connaissent le mal, le péché, la culpabilité ? C’est peut-être ce que pensent les êtres extérieurs comme nous.
  • Oui, c’est cela ! Le bien et le mal ne sont rien d’autre que le nom que les humains leur ont donné.
  • Il y a autant de normes pour le bien et le mal qu’il y a de régions, de races et de cultures dans le monde. Chercher le bien équivaut à chercher une chose commune à celles-ci.
  • Voyons… J’aimerais réfléchir à la raison pour laquelle cette caractéristique commune a fait surface.
  • Il y a 3 raisons. D’abord, la succession naturelle. La morale formée dans la première communauté humaine est passée de génération en génération, tandis que la race humaine se répandait.
  • Cette morale a évolué en étant transmise, mais des caractéristiques communes sont restées.
  • La deuxième raison est l’échange et la culture. L’échange entre les civilisations a entraîné une sélection des meilleures choses.
  • Les choses qui ont survécu au processus sont les meilleures et sont adoptées dans différentes régions du monde. Elles sont devenues communes. [NDB : cela n’inclut pas les cultures forcées]
  • La troisième raison, est que l’humanité a toujours eu le concept universel de morale.
  • La norme pour le bien et le mal est inhérente aux êtres humains. Cet élément est ce qui forme cette caractéristique commune.
  • C’est impossible. Vous dites que les bébés savent ce que sont le bien et le mal dès la naissance ?
  • N’est-ce pas possible d’un point de vue biologique ? Par exemple, la plupart des cultures considèrent le meurtre comme le mal. Cela vient de la tendance génétique à l’aversion qu’on ressent à tuer un membre de son espèce.
  • Cela signifie qu’on peut dire que l’instinct animal peut se manifester en tant que moralité.
  • Ce n’est pas aussi simple que d’être des bêtes qui ne s’adonnent pas au cannibalisme. La moralité est bien plus complexe.
  • Un concept du bien, commun au monde entier. Qu’est-ce qui serait une bonne action universelle ?
  • Quelqu’un l’a mentionné, le meurtre est considéré comme relevant du mal. Alors, le concept opposé, aider les autres, relève du bien ?
  • Je vois. Il est plus facile de trouver le bien quand on imagine le mal. Par exemple, ne pas mentir, être honnête.
  • Être juste, cela relève aussi du bien ? Tout comme éliminer l’écart entre les riches et les pauvres, s’efforcer d’être juste est une chose universelle.
  • Mais les humains ont aussi le désir de faire partie des vainqueurs. Je ne crois pas que l’égoïsme relève du mal.
  • La recherche du bonheur individuel est un bien. C’est reconnu comme l’une des bases des droits humains.
  • L’idée que le bien provient de la sociabilité ou de l’existence du groupe est une hypothèse intéressante. Cependant, c’est dur à expliquer, mais je crois que le bien est plus global. Il s’applique tout autant à l’individu qu’au groupe. Lorsque le bien de l’individu et celui du groupe existent ensemble, cela profite aux deux. Je pense que le bien est un concept pratique.
  • Ce serait pratique si une telle chose existait vraiment.
  • C’est vrai.
  • Connaissez-vous le dilemme du wagonnet ? Vous vous tenez près du levier de changement de voie. Le wagonnet n’a plus de frein et fonce vers le point de changement de voie. Si vous ne faites rien, cinq ouvriers qui travaillent là mourront. En actionnant le levier, un seul ouvrier se trouvant sur l’autre voie mourra. Devrais-je actionner le levier ?
  • Vous prendriez la décision qui sauverait le plus grand nombre de gens.
  • Alors le nombre influence votre décision morale ?
  • Et la loterie de la survie ? Imaginez une loterie juste. On sélectionne un individu en bonne santé. On tue cet individu, on prélève ses organes, et on les distribue à 5 personnes en attente d’une greffe. Une seule personne sera morte, et cinq autres auront été sauvées. Que penser de cet acte ?
  • C’est scandaleux, c’est un meurtre !
  • Mais le fait de choisir entre les vies d’un individu ou de cinq est le même que pour le dilemme du wagonnet.
  • On a l’impression que la mort d’une personne est inévitable dans le cas de l’accident, mais choisir une personne avec l’intention de la tuer serait un péché.
  • Alors, l’intention et la méthode influencent notre jugement, pas le nombre.
  • C’est cela. Le dilemme du wagonnet et la loterie parlent de la même chose. Ils essaient de sauver quelqu’un. De permettre à quelqu’un de vivre. Si vivre nous rapproche de la base, alors le sentiment d’aversion envers la loi suicide est valable. Lors d’un suicide, quelqu’un meurt. Le conflit se situe entre vivre et mourir. Cela signifie-t-il que la chose à laquelle nous devrions penser, la chose qui est à la base du bien et du mal, est le sens de la vie ?

La suite au prochain épisode (littéralement) !


[MAJ 31/01/2020] Épisode 12. Après quelques réflexions entre le président des USA et une personne désireuse de se suicider, la conclusion autour de la définition entre le Bien est le Mal, en tenant compte que la Nature met tout en œuvre pour perpétuer la Vie, fut la suivante :

Le Bien c’est de continuer, le Mal c’est de s’arrêter.

Et étant donné que le but de l’un des protagonistes principaux est de pousser tout le monde au suicide, et que l’autre a pour seule et unique mission d’empêcher le premier, selon ce dogme les deux font le Bien, vu qu’ils continuent…

Ce raccourci met une claque vers le bas sur toute la réflexion menée à l’épisode précédent ! En espérant que dans l’épisode 13, ils reprendront leur réflexion de manière moins généraliste…