Un Noël plus dégradé qu’avant [Reconfinement, jour 42]

Coronavirus 2020 Quotidien Vie intérieure / Pensées

Noël arrive à grands pas, juste deux semaines avant de s’offrir les cadeaux (sauf pour les orthodoxes, pour qui c’est à l’épiphanie, au moment de l’arrivée des rois mages venus porter or, myrrhe et encens). Nous bouclons timidement la première année d’épidémie coronavirale à l’échelle mondiale. A quoi vont bien pouvoir ressembler les festivités de fin d’année ?

Des fêtes très particulières

L’esprit de Noël s’étiole depuis des années à cause de la dimension commerciale que revête cette fête, ajoutant à cela :

  • l’accroissement de la population pauvre ou sans abri, conférant un sentiment mitigé entre solidarité forcée et culpabilité refoulée
  • une hausse exponentielle de l’équipement high-tech de la population (vive le Black Friday), qui consent à devenir de plus en plus dépendant à ces appareils et aux risques sur l’atteinte à la vie privée et à la santé et privant les générations à venir du sens des valeurs et de l’imagination créative
  • une limitation du nombre d’adultes par foyer
  • des restaurants fermés
  • des magasins au bord de la faillite, car « non indispensables », et des patrons-salariés pointant au chômage
  • aucune animation extérieure

Est-ce que l’image que l’on transmettra des fêtes de Noël sera des personnes abruties et inconscientes derrière leurs nouveaux écrans à manger des chips et jonchant des cadavres gelés à chaque sortie ? J’extrapole volontairement, mais la question mérite d’être posée.

Des valeurs perdues

Peut-être fais-je partie des dernières générations à avoir connu des Noëls non high-tech, où la famille avait plus de valeur que les cadeaux eux-mêmes, même si on ne le comprend pas en tant qu’enfant. La solidarité envers les plus démunis est un débat éternel et sempiternel, pour lequel notre société ne fera absolument rien car l’inégalité est un des socles de toute société, et plus elle est grande (l’inégalité), plus ceux qui se considèrent en haut se sentent civilisés (c’est pour cela que l’on appelle « civilisation » toute entreprise pour grimper dans les échelons d’une société).

Malgré l’éveil de certains individus à orienter leurs choix de vie vers la décroissance, la tendance majoritaire ne va pas dans le sens du bon sens. Malgré les discours et les incitations à l’altruisme et à la bienveillance, les concepts comme le zen, le bio, ou l’écologie sont encore trop relégués au rang de lubies de bourgeois-bohèmes (que l’on nomme plus couramment bobos) en quête de reconnaissance, sans voir au-delà de leur intérêt immédiat et individuel. Au même titre qu’il est impossible à un aveugle de se faire une idée de ce qu’est un tableau de Van Gogh, il est difficile pour une personne n’ayant jamais appris autre chose que de défendre son bifteck de voir plus loin que son nez.

Noël, mais aussi Pâques, Chandeleur, Épiphanie, Toussaint, sont devenues des fêtes commerciales, où le chiffre d’affaires importe plus que le bonheur de partager des crêpes, et bien que nombreux sont à critiquer cette paganisation des célébrations d’origine chrétienne, ces mêmes nombreux n’hésitent cependant pas à dépenser leurs deniers en vue de maintenir ces traditions. N’oublions pas non plus que la pression économique de « faire du chiffre » dans un modèle de croissance incitera de plus en plus à ce genre de pratiques commerciales, au détriment de tout le reste.