Revenu universel ou de base

Vie intérieure / Pensées

On en entend parler de plus en plus, il a même été l’argument du Président de la région Aquitaine aux dernières élections présidentielles Benoît Hamon, le revenu universel, ou revenu de base, ou revenu inconditionnel, est un élément de remise en question du modèle économique.

A quoi sert l’argent ?

L’argent, c’est du temps. Et non l’inverse.

Une petite révision de théorie monétaire s’impose. L’argent est un moyen d’échange entre un bien ou un service, et une monnaie permettant de « remercier » le prestataire, au sens étymologique, donc à valider qu’un échange s’est déroulé en toute équité.

Étant donné qu’aux débuts de l’interaction monétaire, les grands corps de métier étaient l’artisanat et l’agriculture, seul le temps était « facturé », qu’il s’agisse du temps pour extraire la matière première que du temps pour la travailler, ou du temps de la maturité végétale. Aujourd’hui encore, le prix d’un bien ou d’un service est basé sur le temps de travail, la matière première étant par définition gratuite, mais pas son exploitation humaine. D’ailleurs, le Marxisme définissait les machines comme étant une économie pour les industriels, comme elles ne nécessitaient pas de salaire.

Sauf que le modèle économique actuel, basé sur une croissance permanente du capital, a pour finalité de recentrer les circuits d’argent sur deux axes :

  • l’immobilisation du capital
  • l’enrichissement des plus riches

De ce fait, ce modèle n’est pas adapté à une approche humaniste de l’économie, renforçant les inégalités d’accès aux fondamentaux de la population et laissant l’argent maître de la sélection culturelle. De surcroît, vouloir établir des modèles économiques alternatifs est illégal dans la plupart des régions du monde.

De quoi s’agit-il ?

Le revenu inconditionnel universel garanti d’existence de base pour tous, que l’on simplifiera en « revenu de base« , est un revenu attribué à tout citoyen d’une circonscription (ville, région, état) indépendamment de sa fortune et de ses autres revenus. Il assure ainsi à chacun l’accès à une qualité de vie décente (logement, vêtements, nourriture), annulant les situations de pauvreté et de précarité ainsi que toutes leurs conséquences :

  • hospitalisations
  • médications
  • aides sociales complexes
  • vol
  • mendicité

Il permet également de repenser notre relation à l’argent, donc au moyen de l’obtenir pour subvenir à nos besoins, en réorientant le travail « alimentaire » ou « subi » vers le loisir, la liberté d’entreprise, et le soutien aux proches.

Les avantages et inconvénients

La curiosité est à la recherche ce que l’oisiveté est à la créativité.

La liste des avantages est très longue :

  • suppression de toutes les formes d’aide et de leurs clauses d’obtention
  • simplification drastique de toutes les taxes et impôts
  • suppression de la retraite
  • suppression du chômage
  • un revenu dès la naissance, pouvant aider les parents dans leurs frais
  • réduction des médications et hospitalisations
  • rapprochement citoyen et social non contraint par les obligations professionnelles
  • refonte de la relation avec l’activité salariale (éducation)

Celle des inconvénients ne l’est pas moins :

  • changement des mentalités liées au travail, à l’argent et à l’engagement non vénal (la réforme des retraites en est un exemple frappant)
  • création de lois sur la liberté d’existence hors du système et l’autonomie
  • accepter de casser et reconstruire les lois actuelles
  • accroissement de la population possible en vue d’augmenter les revenus
  • mise en place les circuits nécessaires à l’auto-financement du procédé

Comment le mettre en place ?

Il existe plusieurs villes faisant l’expérimentation du revenu universel, la Suisse cherchant depuis 2016 à l’instaurer dans tout le pays. Les applications sont très disparates.

Redonner vie à l’argent

Un argent qui dort est un argent mort.

Tout argent sortant du circuit de la circulation monétaire (capital mobilier et immobilier) est un argent qui ne contribue pas à l’économie. De ce fait, le PTZ associé à des comptes plafonnés seraient un bien meilleur moteur que les prêts taxés et les comptes illimités. Ainsi, la première règle monétaire à mettre en place est la limitation de la stagnation monétaire sous tous ses plans.

Au Moyen-Âge (XI° – XIV°), l’argent était exploité majoritairement localement, et le travail servait en grande partie à l’organisation de festivités (180 jours / an).

Définir un revenu juste

C’est le point noir des économistes : quel revenu proposer ? Sachant qu’1€ ne vaut pas la même chose à Paris qu’en Creuse (notamment pour les loyers), c’est un casse-tête qui, à l’échelle nationale, créera autant de disparités que le SMIC aujourd’hui. On estime que le revenu minimum pour qu’un citoyen français vive décemment tournerait autour de 1790€ (sans préciser si c’est brut ou net) et seulement le double pour une famille « traditionnelle » (deux parents, deux enfants), une partie des charges étant réparties entre les individus.

Les propositions des économistes se situeraient en-dessous de 850€ et même 450€ par Génération Libre, soit la moitié de ce qu’il faudrait pour bien vivre. Serait-ce une incitation au travail, dans un monde où l’accès à l’emploi ne se verra pas pour autant simplifié, ou à la colocation, dont les règles ne sont pas beaucoup plus simple, ou pire un « coup de pouce » à sa situation professionnelle actuelle ? Je pencherai davantage pour une frilosité quant à toutes les réformes à mettre en place, ainsi qu’à une pensée stagnante de l’argent. Si l’on considère 75 millions d’individus et un revenu de base à 1000 € (pour simplifier les calculs), soit un total de 75 milliards d’€ de revenu, il ne faudra pas 75*12 milliards par an (soit 900 milliards), mais à peine plus que les 75 milliards, parce que l’argent reviendra chaque mois à son point de départ !

Repenser le circuit d’argent

La simplification oblige souvent à tout reprendre depuis le début, avec une seule contrainte : faire en sorte que l’argent revienne à un moment ou à un autre aux services publics devant administrer ledit revenu.

Il existe deux voies possibles :

  • l’excédent bancaire, lié au plafonnement des comptes
  • la TVA, qui est la taxe la plus facile à gérer pour l’État

Ainsi, à chaque transaction, en plus d’une TVA à 20% (toujours déduite pour le B2B et l’export), on peut imaginer une Participation Économique au Revenu Universel (PERU), incluant 80% du prix restant. Sur un bien vendu 12 € TTC :

  • 2 € seront pour la TVA
  • 8 € pour le PERU
  • 2 € pour les charges, salaires et bénéfices

Car il ne faut pas oublier que, si le revenu de base est à 1000 € nets, pour un salarié touchant généralement 1200 €, l’employeur n’aura plus qu’à reverser 200 €, le brut et le net devenant également similaires.

Pour simplifier encore plus, on peut changer le statut de salariat à celui d’auto-entrepreneur, le salarié devenant ainsi un prestataire, et régularisant sa TVA et son PERU. Cela permet également de responsabiliser tout citoyen dans l’économie de son pays de résidence, et d’exploiter les déclarations existantes de l’URSSAF pour les prélèvements nécessaires.

Afin de limiter le marché noir, il serait envisageable qu’un tel dispositif supprime toute forme d’argent liquide, et de règlementer les conversions en monnaies virtuelles type BitCoin, ou décorréler les monnaies virtuelles du modèle boursier, qui lui-même perdra en intérêt.

A savoir : depuis la suppression de l’or comme étalon en 1971 (accords de Bretton-Woods), l’argent fiduciaire en circulation ne vaut littéralement plus rien. Alors le virtualiser ne devrait pas changer grand chose à sa juste valeur…

Et l’import-export ?

Tout n’est qu’affaire d’équilibre. Si le taux d’achat et de vente à l’extérieur de la zone Revenu de Base est assez stable, voire porte un avantage à l’export, c’est tout bénéf ! Dans le cas contraire, cela réduira la quantité d’argent en circulation, pouvant obliger à en remettre en circulation et à dévaluer la monnaie et entrainer une déflation.

En y réfléchissant bien, une déflation est une assez bonne conséquence : si la mentalité n’est plus dans la croissance, on peut aisément arriver dans une consommation « juste » et une déflation totale, donc l’abolition pur et simple de l’argent !

Les points sans réponse

Évidemment, une telle remise en question laisse un nombre de points sans réponse. Beaucoup de problématiques sont résolues d’elles-mêmes, et certainement d’autres arriveront. On ne pourra éviter des fraudes, notamment comme évoqué plus haut à la surnatalité, ou à l’externalisation du capital immobilier.

  • Comment réagira la part des plus riches si leurs comptes sont plafonnés ?
  • Comment adapter le discours éducatif sur la relation au travail et la compétitivité induite face à ce changement radical de paradigme ?
  • Comment les parents gèreront l’argent de leurs enfants ?