Standardisation et innovation

Vie intérieure / Pensées

L’UE est en (encore) pourparler en ce moment sur l’uniformisation des chargeurs de téléphone portable. Des réflexions sur le tapis depuis 2010, non sans mal, certains résistant encore et toujours à une quelconque standardisation (suivez la Pomme). Petite explication sur ce casse-tête.

La standardisation

S’il y a bien une constante dans la technologie, c’est l’évolution. Et tous les wagons d’un même train ne semblent pas toujours aller à la même vitesse. Ainsi, si les boulons sont normalisés depuis les prémices de la Révolution Industrielle pour que chaque vis trouve son écrou, il n’est pas aussi aisé de standardiser les dispositifs de charge des appareils électroniques.

Lesdits dispositifs ont les caractéristiques suivantes :

  • puissance de charge
  • technologie filaire ou sans-fil
  • transmission de données ou non
  • principes de communication de l’appareil quand relié à d’autres
    • stockage générique
    • stockage type appareil photo
    • transmission audio et/ou vidéo
    • branchement d’unité de stockage externe
    • branchement de dispositif de saisie/pointage

Actuellement, 3 normes dominent le marché :

  1. le Micro-USB, majoritaire, qui fut le premier consensus industriel en 2011, mais non légiféré
  2. le Lightning d’Apple, 100% propriétaire, qui remplace la prise 30 broches des premiers iPhones
  3. l’USB-C ou USB type C, associant les avantages des deux environnements avec une puissance de charge max de 100W

Certains modèles de téléphones basiques conservent des branchements non standards.

Pourquoi ça coince

Plusieurs raisons, toutes aussi peu valables les unes que les autres, sont à déplorer :

  1. La fidélisation : il serait inconcevable que les produits de la Pomme puissent être chargés par d’autre appareils, et encore moins être interopérables avec le reste du monde !
  2. L’innovation : toute norme peut être un frein à l’innovation, car l’évolution (exemples : passer de 16 fils à 1 pour communiquer, autoriser des puissances ou des débits plus importantes…) peut amener à revoir de manière profonde une norme, et donc remettre en question tout un marché existant
  3. Le prix : utiliser de l’USB-C sur un Nokia 3310 peut sembler aussi incongru qu’utiliser une Ferrari pour faire un déménagement, et obliger à revoir design, compatibilité entre les composants avec l’existant, et influencer le prix vers le haut
  4. Le marché de l’occasion : étant donné que de plus en plus de personnes évoluent dans une démarche écoresponsable, le recyclage et la réutilisation des anciens appareils a le vent en poupe. Mais la maintenance des anciens appareils a aussi un coût, car ils ne sont pas évolutifs (on ne peut remplacer un port propriétaire par un simple port micro-USB) et nécessitent un marché parallèle d’accessoires adaptés.
  5. Quand le U de USB, qui veut dire Universel, ne l’est pas : eh oui, l’USB n’est pas universel !
    • 8 normes d’USB : type A, type B, mini-USB type A, mini-USB type B, micro-USB type A, micro-USB type B, micro-USB type B Super Speed, type C (ouf !)
    • puissance des chargeurs trop faibles pour certains appareils
    • chargeurs « pucés » pour limiter la compatibilité ou griller volontairement les appareils d’autres marques

L’USB-C 100W : la solution ?

Le meilleur compromis d’universalisation serait l’USB type C, avec des chargeurs de 100W (sachant que la puissance d’un chargeur s’adapte à l’appareil qu’il recharge, mais uniquement vers le bas) et les qualités de communication énumérées ci-dessus. De plus, cette norme commence à prendre de l’essor pour les ordinateurs portables, pour lesquels il existe près de 20 branchements différents, mais dont l’UE semble totalement s’en contrecarrer le coquillard !

Alors, pourquoi ne pas faire les choses aussi simplement ? En partie pour toutes les raisons précédemment décrites, et les problèmes à anticiper, notamment la facilité de piratage d’un appareil relié à une borne de charge publique par exemple. Pourtant, avec 100W, on a largement le temps de voir venir !