Une quête, non sans heurts…

Jeux de Rôle / Jeux de Société Sorties

La quête étant bien plus longue que prévue, le jeu de rôle s’est prolongé jusqu’au dimanche. Mon amie colocataire nous a rejoint dans la partie, sous le nom de Malou. Voici la retranscription de comment les dés ont décidé des conséquences de nos choix.

Prologue

Il était une fois, trois aventuriers que rien ne prédestinait à se rencontrer, se retrouvent dans une auberge, en vue d’une supposée quête. Ruth, grande hobbit pour son peuple mais petite pour les humains, fortunée et ingénieur reconnue, est connue pour son appétit perpétuel et sa descente de boisson alcoolisée. Rachel, humaine grande et bien musclée mais au chômage, se balade toujours avec une hache à deux mains et comprend le langage des animaux. Enfin, Gus, demi-elfe à l’allure élancée et fauché comme les blés, vit comme ranger et adore voler. Le village voisin de Chnafon serait victime de vols inexpliqués avec des dégâts matériels importants. Les trois comparses décident de partir dès le lendemain matin vers cette ville, située à une demi-journée de marche d’ici.

Jour 1

12h00

Les compagnons rejoignent Chnafon vers midi. La ville se présente sous les aspect d’une forteresse, bordée d’une part par des douves et d’autre part d’une forêt dense. Le pont-levis de la porte Ouest est ouvert et de nombreux badauds entrent et sortent perpétuellement en journée. En haut des remparts, des gardes veillent au grain. Une fois le pont franchi, dans une ville inconnue face à une quête dont ils ne connaissent que l’intérêt financier, ils décident de se séparer pour glaner des informations. Ruth, dans son attrait pour la boisson, se dirige vers le Rat d’Égout Lubrique, la première taverne qu’elle trouve sur son chemin, invitant les deux autres à l’y rejoindre à la fin de leur investigation. Rachel décide de visiter une écurie, et Gus se rend sur la place du village pour demander à des autochtones.

Rachel entre dans l’écurie principale, et se dirige vers les box au fond. Un cheval se tient dans un des box, et Rachel lui fait signe de s’approcher. Ce dernier s’approche sans crainte, et accepte de se faire caresser le museau. Cependant, Rachel remarque que le cheval tressaille de la patte arrière, comme stressé. Il ne lui en faut pas plus pour se convaincre que des choses pas nettes ont lieu ici…

Gus rejoint la place du marché, centrale au village. Circulaire mais exempte de marché ce jour, elle fourmille de passants de tous horizons. Il demande à l’un d’eux si des choses étranges ont eu lieu récemment dans la ville.
– Oh oui, voyageur, deux boutiques ont été vandalisées ces derniers jours ! Il s’agit de la bijouterie du sud-est et de la boutique d’objets magiques du nord-ouest…

Ruth entre dans le Rat d’Égout Lubrique, où la clientèle est aussi propre que le sol ou les tables, au sens dégoûtant du terme ! Au fond de la salle, une table avec quatre hommes se détache autant par son isolement que par le niveau social bien plus élevé que le reste de la clientèle. Elle se rend au comptoir et commande une bière.
– Voilà, ma p’tite dame. Ça vous fera 50 pièces d’argent (PA).
– Tenez, en tendant une pièce d’or (PO ; 1 PO = 100 PA). Gardez la monnaie !
Elle prend sa boisson et se rapproche de la table, s’y invite sans le consentement des membres déjà attablés. Le plus prolixe, Fabrice, demande interloqué pour quelle raison elle s’invite ainsi.
– Voyez-vous, messieurs, j’ai su de suite distinguer parmi les clients ceux parmi lesquels je pourrai discuter en bonne intelligence !
– Ah vous, ma p »tite dame, vous savez apprécier les bons garçons ! Et quel bon vent vous amène dans notre ville ?
– Oh, trois fois rien, une rumeur…
– Une rumeur ?
– Oui, une rumeur. Mais j’imagine qu’une personne aussi bien placée que vous doit avoir eu vent de quelque chose d’inhabituel dernièrement, je me trompe ?
– Oh oui, ma p’tite dame, mais ici comme ailleurs, l’information a un coût…
Elle se retourne vers le bar : « Tavernier, je paye ma tournée à ces messieurs ! »
Nonchalamment, le tavernier arrive clopin-clopant avec ses 4 choppes remplies à ras bord d’une bière à l’aspect plus douteux que celle qu’il lui a servi à son arrivée. « CA nous fera 5 PO, ma petite dame… » qu’elle paye rubis sur l’ongle.
– A la bonne vôtre, madame ! » Il siffle sa choppe d’une traite, et en s’essuyant du revers de sa manche : « Vous avez entendu juste, y a bien des trucs louches qui se passent dans le coin. Il semblerait que deux boutiques aient été cambriolées, mais je sais pas trop lesquelles… »
A ce moment, Rachel franchit le seuil du boui-boui, remarque Ruth en charmante compagnie et lui fait de grands signes en s’approchant d’elle. « Quelle discrétion, grands Dieux ! », pense Ruth. Les gentlemen ramènent une chaise près de Francis, le trouvant ainsi bien entouré.
– Alors, tu me présentes ta copine, ma p’tite ? », en leur tenant les épaules à toutes les deux.
– Euh, ben… » Ruth est totalement prise au dépourvu, et ne sait pas comment se débarrasser de ce lourdaud. Elle se lève brusquement : « Euh, c’est pas tout ça, merci pour ces informations, sirotez bien votre… mixture et à la revoyure ! » Elle empoigne Rachel par le bras, elle même ne comprenant pas très bien cet élan de précipitation, et sortent toutes les deux.

13h00

Gus les retrouve devant l’entrée du bar.
– Bon, c’est confirmé, y a bien des choses anormales qui se trament ici », annonce Rachel.
– Tu l’as appris par un cheval ? » ricane Gus.
– Exactement, béotien ! », rétorque Rachel.
– J’avoue », répond Ruth. « Y a des boutiques qui ont été dévalisées mais on n’a aucune idée desquelles… »
– Moi je le sais ! » rebondit Gus. « Il y a un bijoutier et un marchand d’objets magiques. D’ailleurs ce dernier est près d’ici.

Il se rendent devant le magasin du magicien. La porte est fermée mais possède un trou immense en son centre, faisant qu’un humain a juste à lever la jambe pour la traverser. Rachel entre la première, suivi par Gus et Ruth, qui s’affale de tout son long en se cognant le pied dans une partie de la porte non défoncée. Cela fait légèrement sourire le magicien derrière son comptoir, parmi ses étagères renversées et son stock dévalisé.
– Vous désirez, jeunes gens ?
– Nous désirions savoir ce qu’il vous est arrivé, monsieur. Enfin, à votre échoppe, j’entends », demande Gus.
– Si je le savais… C’était la nuit dernière, vers deux heures du matin – j’habite juste au-dessus. Je me préparais à aller me coucher, quand j’ai entendu des bruits de fracas. J’ai tout d’abord pensé à des ivrognes qui saccageaient la rue et se battaient contre ma porte. Mais s’en suivirent des grognements terribles, qui eux venaient bien du magasin. J’ai voulu descendre pour voir ce qu’il se passait, mais j’ai eu bien trop peur et suis resté figé dans mes escaliers, en attendant que les bruits cessent. Finalement, ils sont partis, et j’ai constaté le magasin dans l’état dans lequel vous le trouvez…
– Que vous a-t-on dérobé ?
– Quasiment tout, comme vous pouvez le voir… Mais heureusement que je ne garde pas tout dans ma boutique, j’espère pouvoir relancer mon activité sur ma réserve !
Gus regarde un peu partout et constate des traces de griffures profondes, ainsi que la porte qui ne semble pas avoir été éventrée avec des armes.
– Savez-vous s’il y a un autre magicien ici ?
– Oui, il y en a un installé depuis peu, un mage à ce qu’il paraît, mais je ne sais pas où exactement.

14h00

Au sortir du magasin, nos compères se concertent.
– Vous avez vu ces marques de griffes immenses partout ? Ça me titille la hache de découper du troll !!! Que fait-on maintenant ? » demande Rachel ?
– Essayons de se séparer pour continuer notre enquête » propose Gus. « Ruth, ça te dit d’aller voir le bijoutier ? C’est au sud-est.
– OK, j’y vais de suite.
– Moi, j’aimerais bien me faire de la thune en proposant des services de garde dans des magasins de luxe ! », suggère Rachel. « En plus, ça permettra d’être là si un voleur vient !
– Bonne idée ! Quant à moi, je vais chercher l’adresse du mage. »
Et chacun de partir dans sa direction.

Rachel fait le tour des échoppes, et essuie tour à tour les refus. Jusqu’à ce qu’un couturier de luxe accepte sa proposition, dans la crainte qu’on ne lui vole ses habits.
– Est-ce que vous accepteriez d’assurer la garde pour 10 PO cette nuit ?
– Ce n’est pas beaucoup, mais j’accepte. » Et l’affaire conclue, Rachel est donc attendue le soir à la fermeture vers 20h.

Gus retourne sur la place du marché, et réitère sa démarche demandeuse.
– Oh oui, je l’ai déjà vu, ce mage. Vous ne pourrez pas manquer sa demeure, elle est proche de la porte Est, et a une forme particulière. Je ne dirais pas comme un château d’eau, car ça serait anachronique, mais ça vous donnera une idée…
– Merci, mon brave… » et à peine ces mots dit, le passant lui prend les épaules et lui crie aux oreilles :
– Méfiez-vous de Ruflac ! Méfiez-vous de Ruflac !!! » avant de détaler comme un lapin.
Les fous étant monnaie aussi courante que les pochetrons, il ne tient pas plus rigueur de son comportement et s’approche de la porte Est.

14h30

En effet, une maison avec un premier étage plus grand que le rez-de-chaussée se trouve près d’un poste de garde. Il pousse la porte et tombe sur une personne à la longue barbe blanche comme la neige.
– Entrez, mon ami demi-elfe. Que me vaut l’honneur de votre visite ? » La perspicacité de ce mage ne fait aucun doute.
– Bonjour, je viens vous voir à propos de votre collègue magicien qui a été cambriolé cette nuit. En avez-vous entendu parler ?
– Oh que oui, j’en ai entendu parler. pauvre confrère… Et comment puis-je vous aider ?
– J’ai constaté de grandes griffures dans la porte et le sol de votre confrère, et un trou dans la porte qui prenait également la poutrelle de soutien au-dessus. Auriez-vous une idée de quelle créature pourrait faire de telles marques ? »
Le mage effile sa longue barbe immaculée en guise de signe de réflexion. « Il y aurait bien des trolls, oui, ou des ogres. Mais les faire rentrer dans le village ne serait pas chose aisée. Voyez-vous, le pont-levis de chaque entrée est relevé chaque nuit, et ce genre de créature ne passerait pas inaperçue…
– Je vois, et si une telle bête était responsable ?
– Déjà, je vous assure qu’elles n’ont pas l’intelligence nécessaire pour organiser un cambriolage au point de ne pas se faire repérer… » Puis, hésitant : « A moins d’utiliser une pierre spéciale, très rare !
– En avez-vous vendu une récemment ?
– Justement, oui, mais je suis tenu au respect de l’anonymat du client. Vous comprenez… » Gus l’interrompt.
– Ne serait-ce pas un certain Ruflac qui vous l’aurait acheté ? » Le mage devient aussi blanc que sa barbe, trahissant son silence. « Je ne vais pas vous questionner davantage, je vous remercie. » Et sort.

Ruth arrive devant la bijouterie, à la vitrine entièrement cassée. Elle entre et demande au bijoutier ce qu’il s’est passé. Le vol a eu lieu la nuit précédant celle du magicien. Vu qu’il ne vit pas à côté, il n’a constaté les dégâts qu’au matin, la majorité des pierres et bijoux ayant été emportée. Ruth, parmi ses qualités, possède celui de « sentir » les trésors. Et son « nez » lui indique, sous quelque gravat, une pierre assez imposante.
– Oh, madame, comment… ? Merci infiniment ! C’est une des plus grosses pierres de mon étal ! Comment vous remercier ?
– Juste si vous savez où se situe la demeure du mage.
– Oui, sans problème, il vit près du poste de garde de la porte Est. Vous ne pourrez pas le manquer. » Et elle sort.

15h00

Rachel la retrouve devant l’entrée et l’informe qu’elle a trouvé une boutique à garder cette nuit, qu’elle a une cour à l’arrière où Ruth pourra préparer un bon repas. Elles partent donc faire des courses, et achètent de quoi faire une bonne tambouille pour trois pour à peine 10 PA ! Elles se séparent, Rachel retourne chez le couturier tandis que Ruth va chercher la maison du mage. Elle trouve Gus qui en sort, et qui lui propose d’aller rejoindre Rachel à la fermeture, pour assurer la garde avec elle.

20h00

Ils arrivent devant la boutique à l’heure de la fermeture, Rachel étant en discussion devant l’entrée. Les interlocuteurs partent, Rachel les invite à entrer et à la suivre dans la cour arrière. Ruth prépare une spécialité de chez elle, qui donne de la force et remplit bien les panses. Une fois le repas terminé, Gus se propose d’aller surveiller depuis le toit, laissant les femmes dans le magasin. Les effets d’une panse trop pleine se font rapidement sentir, et Rachel et Ruth s’endorment au milieu des robes et tuniques…

01h00

Un bruit venant de derrière interrompt leur sommeil. Rachel, hache à la main, court voir ce qu’il se passe, et aperçoit trois ombres s’enfuir vers le mur opposé, le dernier ayant un sac à dos immense bien rempli.
– Gus ! Des voleurs dans la cour ! », crie Rachel.
Gus accourt sur l’autre versant du toit, voit en effet les voleurs, dégaine une flèche, bande son arc et vise le voleur au sac. Malgré sa nyctalopie, il le manque. Pendant ce temps, Rachel les poursuit, Ruth la suit, attrape une pierre dans la cour et arme son lance-pierre. Elle arrive à toucher la tête du gars avec la pierre, mais ne le blesse que légèrement.
Le premier voleur s’accroche à une corde tendue sur le mur et commence à escalader. Le second voleur commence à grimper mais lâche la corde et tombe au sol tête la première, et y reste. Le troisième se fait rattraper par Rachel, qui d’un coup de hache, dissocie son torse de ses hanches. Ruth prend une autre pierre, vise le premier voleur arrivé en haut du mur sur le toit, et arrive à le blesser dans le dos. Gus intervient avec une seconde flèche, et le blesse à la jambe, l’immobilisant. Rachel grimpe en quelques mouvements le long de la corde, le beigne et le retient fermement ; Gus la rejoint par les toits et Ruth par la même corde, mais plus lentement. Des gardes arrivent dans la cour.
– Je dirai tout, je dirai tout ! C’est Francis qui nous a envoyés voler ce magasin, il savait que vous allez le garder et voulait vous faire payer le fait de lui avoir mis un vent à la taverne…
Gus et Ruth descendent et font ouvrir la boutique aux gardes, qui constatent le vol et les affaires dans le sac du voleur coupé en deux, qui contenait des habits de ladite boutique. « Tout est OK », affirme un des gardes, qui prend la relève en emmenant le survivant du massacre galamment descendu avec Rachel derrière les barreaux. Nos trois comparses finissent leur nuit dans le magasin.

Jour 2

08h00

A l’ouverture du magasin, les gérants ouvrent et constatent le méfait. Rachel et Ruth expliquent ce qu’il s’est passé, montrant les restes dans la cour et le sac rempli d’habits. Malheureusement, comme le porteur dudit sac s’est vu coupé en deux, la moitié des affaires sont couvertes de sang… Gus se propose de les ravoir, et arrive à rendre propre deux habits sur trois, faisant qu’au final, seulement un tiers des biens est invendable. Les marchands acceptent malgré tout d’assurer la paye promise, à condition qu’ils nettoient la cour ; Rachel arrive à négocier à 9 PO au lieu de 10, s’ils ne nettoient pas la cour. L’affaire est entendue. Le marchand a quand même quelques doutes pour embaucher de nouveau la troupe pour la nuit suivante…

Nos amis vont se reposer à l’auberge 3 * * * du Kraken Velu, pas loin de la boutique gardée. Étant donné que les chambres sont majoritairement libres en journée, le groom accepte qu’ils se reposent pour une 1 PO chacun.

13h00

Après une fin de nuit bien plus calme et réparatrice, ils se rendent sur la place du marché. Ils sentent beaucoup de nervosité parmi les passants, et en tendant l’oreille, apprennent qu’une autre boutique est victime de vandalisme : l’antiquaire. Ironiquement, il s’agit d’une boutique qui avait refusé les services de Rachel… Ils s’avancent vers le centre de la place, et crient « C’est nous les gardiens du couturier ! » pour trouver un client pour la soirée. Plusieurs badauds se bousculent pour les détails plus ou moins sanglant, et un marchand de potions de luxe est intéressé par leur service, moyennant 30 PO plus deux élixirs de soins contre des maladies. Rendez-vous donc le soit à 20h.

14h00

Chacun part faire quelques emplettes, en attendant la soirée. Gus souhaite se racheter des flèches, mais hors de son budget il se rabat sur une prestation pour aiguiser sa dague. Rachel cherche à monter son charisme, trouve une pair de gants haut de gamme, mais n’a pas les 100 PO pour se les offrir. En sortant de la boutique, un fou – encore un – crie à qui veut l’entendre « Je les ai vues ! Je les ai vues !
– Quoi donc ? », demanda Rachel
– Les bêtes… Une grande ombre, énorme, qui se faufile dans les ruelles… »
Cela pourrait-il confirmer les infos de Gus et le soupçons du mage ?

15h00

Les compères se rapprochent de la boutique de l’antiquaire. Sur le chemin, Ruth trouve une étoffe qui lui rappelle son village, mais surtout les monstres de la montagne qui vivent près de celui-ci et qui portent ce genre d’étoffe.

Ils arrivent chez l’antiquaire, le bijoutier est présent. Ruth aborde le bijoutier, qui ne la reconnaît pas. Pour les humains, les hobbits se ressemblent tous, et donc « ne ressemblent à rien »… Ils apprennent que la plupart des biens volés sont des pièces rares et de valeur, mais aussi des tableaux neufs, sans grande valeur marchande.
– Si vous saviez, jeunes gens, à quel point la Guilde est remontée contre Ruflac !
– Quelle guilde ?
– Mais celle des marchands, voyons ! Malgré leur influence politique, il n’y a rien à faire pour que Ruflac Santanza, le chef des gardes, poste ses hommes près de nos échoppes la nuit… Si, par votre expérience, vous pouviez leur en parler…
– On peut aller voir le chef de la Guilde. Son nom ?
– Demandez Sigmund. »

16h00

Les trois aventuriers franchissent le seuil de la maison de la Guilde des Marchands, un des plus imposants bâtiments de la place du marché. En face d’eux, une réceptionniste les accueille.
– Nous voudrions voir messire Sigmund, s’il vous plaît.
– Sigmund est en réunion en ce moment. Puis-je lui…
– Allez lui dire que les gardiens du couturier veulent lui parler ! », coupe Rachel. La réceptionniste, mitigée entre un soulagement et une plus grande inquiétude, quitte son poste à la hâte et monte informer Sigmund de leur présence. Elle revient tout aussi hâtivement, et les invite à la suivre.

Elle les fait entrer dans le bureau de Sigmund, immense, avec une grande table entourée de marchands en pleine crise de nerf face à la recrudescence des cambriolages. Le claquement de la porte du bureau fait se retourner l’assemblée sur les trois comparses, un peu intimidés. Sigmund se lève de sa chaise et commence à s’avancer vers eux.
– Alors, c’est vous qui avez déjoué le cambriolage du couturier ?
– Oui, messire, mais il ne s’agit pas des voleurs des autres marchands.
– Ah ? Expliquez-moi.
– Tout simplement parce que les vandalismes ont continué malgré deux décès et que le survivant de ce vol a avoué qu’il s’agissait d’une vendetta personnelle.
– Cela ne nous arrange pas. Avez-vous des pistes ?
– Rien de concret, mais des informations qui se regroupent. »
Sigmund retourne à sa chaise, chuchotant avec le conseil.
– Accepteriez-vous de devenir nos enquêteurs officiels ?
– Bien sûr, sous quelles conditions ? » demande Rachel.
– Nous vous proposons 100 PO pour élucider ces crimes.
– Soit, mais étant donné que nous risquons d’avoir des frais, nous exigerions une avance de 30 PO, ainsi qu’un document attestant que nous travaillons pour vous si nous devions investiguer chez des personnes.
– Adjugé, messieurs-dames !
– A ce propos », demande Gus, « que pourriez-vous nous dire sur Ruflac ?
– Vous le soupçonnez ?
– En quelque sorte, mais nous aimerions savoir comment l’approcher.
– Le plus simple serait de se rendre au Club Surivili, il s’y rend tous les soirs, mais pour y entrer, vous devez être bien habillés – sans sous-entendu – et avoir une recommandation d’un notable qui fréquente déjà le lieu. »
La transaction ne s’éternise pas, les protagonistes ressortent avec 30 PO et une lettre à présenter si besoin.

17h00

Ruth, dans sa tenue de hobbit, se dit qu’elle a autant de chance d’entrer là-bas que Rachel en présentant sa hache dont elle ne se sépare jamais. Direction un magasin d’habits qui fait aussi pour les enfants, car du haut de ses 1.30m, bien que grande pour son espèce, elle reste petite pour les autochtones. Son charisme s’en trouve grandi ! Rachel se rend avec une bonne avance à son emploi de garde, et Gus réserve une chambre dans l’hôtel juste en face du club, dont une des chambres donne directement sur l’entrée.

21h30

Gus en profite pour faire un tour du quartier ; il constate une ruelle passant derrière le club, un accès possible par une fenêtre ou une terrasse au premier étage, et deux videurs filtrant les entrées. De retour dans la chambre, Ruth l’y rejoint noblement vêtue, et se prépare avec son lance-pierre qu’elle peut aisément cacher sous sa veste, quelques pierres ramassées sur la route et son briquet, objet non négligeable quand il s’agit d’aborder une personne. Et ils attendent.

22h30

Le temps passe plus vite que prévu, et Ruth passe à l’action ! Elle quitte la chambre d’hôtel et se poste devant les vigiles. L’un deux la remarque et lui demande de venir.
– Jeune demoiselle, que faites-vous ici ?
– Oh moi, rien, juste j’attends mon cavalier…
– Et peut-on savoir de qui il s’agit ?
– Oh vous le connaissez, c’est Ruflac !
– C’est cela, oui, » dit-il en rigolant. « et moi je suis un baronnet ! Allez, ne restez pas là, s’il vous plaît.
– Oh, ne vous en faites pas, je vais me poser pour écouter la musique.
– Si cela vous fait plaisir… »

23h00

Gus, de guet dans la chambre, aperçoit un homme très richement habillé et entouré de deux gardes s’avancer vers le club, et contourner la file d’attente. Il comprend facilement qu’il s’agit de Ruflac, même s’il ne l’a jamais vu auparavant. Il essaye de faire signe à Ruth, mais elle ne le remarque pas. Les trois hommes s’avancent du videur, qui se met au garde-à-vous. « Bonsoir, messire Santanza.
– Bonsoir. »
A ce moment, Ruth tente une approche par maladresse pour tomber sur Ruflac, mais elle tombe sur un des gardes qui la repousse violemment. Elle se relève et retourne à l’hôtel. Elle confirme la présence de Ruflac à Gus.

00h30

Rachel, en gardienne consciencieuse, se trouve réveillée par un bruit dans la rue. Elle entrouvre la porte de la boutique, et ne constate rien. Elle retourne à sa garde.

01h00

Santanza quitte le club, accompagné de ses sbires. Gus décide de les prendre en filature, mais heurte un chat qui le fait trébucher, et le bruit fait retourner les gardes. Gus a juste le temps de se cacher. Après quelques instants, voulant sortir de sa cachette, il constate qu’un garde est resté aux aguets, arme à la main, qui repère Gus et s’avance vers lui. Gus arme son arc, malgré la faible distance, et esquive l’attaque du garde, qui le touche au torse et le blesse légèrement, protégé par son plastron de cuir bouilli. Avec agilité, Gus prend une flèche et la plante derrière le genou du garde, et arrive à fuir vers la direction de Santanza. Le garde, énervé et boiteux, tente de le rattraper, hurle à l’aide et quatre autres gardes arrivent rapidement à sa hauteur, puis prennent Gus en chasse. Celui-ci ne constate pas de poursuivant, mais décide de se cacher dans une ruelle à sa gauche, mais celle-ci ne lui offre aucune échappatoire. Il entend finalement les gardes arriver, et se retrouve dans un cul-de-sac. Il grimpe sur le toit, mais deux gardes le repèrent. Il saute sur un autre toit, à l’abri du regard des gardes, et parvient ainsi à rejoindre le toit de l’hôtel, non sans mal, ce dernier étant bien plus haut. Une trappe salvatrice lui permet de rejoindre l’intérieur, et retourne sans plus d’encombre dans la chambre. Ruth l’accueille, inquiète de son état mais il semblerait que cela ne soit effectivement que superficiel, et essaye de recoudre son plastron pour limiter les soupçons si jamais il devait ressortir. Les deux s’endorment jusqu’au matin.

01h30

Rachel remarque une ombre passer dans la rue vers la droite, plus petite et plus trapue qu’un hobbit, moins velue, semblant chercher quelque chose dans la rue. Elle semble se rendre vers les boutiques qui ont été dévalisées ! De l’autre côté de la rue, sur la gauche elle voit une autre ombre identique et au bout de la rue, une masse tellement imposante qu’elle empêche d’apercevoir toute lumière au-delà de sa position. Armée de sa hache, et sentant sa soif de démolir du troll l’envahir, elle entend de petits grognements ainsi qu’un grondement monumental émaner de la masse sombre. Les deux ombres de gauche semblent vouloir venir vers sa boutique ; elle arrive à distinguer plus précisément : il s’agit d’un ogrion (un bébé ogre) et un ogre ! Elle essaye de discuter avec le petit, mais il ne semble pas la comprendre. Elle réessaye, et lui fonce vers elle avec un gourdin criblé de clous ! Elle ouvre la porte en grand, montre sa hache et tente une négociation musclée. Il l’attaque, elle esquive et l’attaque à son tour, en le blessant mortellement. Il relance une attaque et arrive à la blesser. Dans son esquive, elle cherche à voir où se trouve l’ogre, mais le perd de vue. Le premier ogrion, alerté par la bagarre, arrive en renfort, mais Rachel anticipe et l’attaque en premier, assénant une grave blessure. Il attaque, elle n’arrive pas à l’esquiver ; il en profite pour s’échapper. Dans sa posture délicate, elle hurle pour ameuter les voisins que des voleurs ont venus ; des gardes récupèrent l’ogrion agonisant, des voisins sont témoins de la scène. Elle retourne dormir, malgré sa blessure.

Jour 3

08h00

Les marchands viennent ouvrir la boutique que Rachel garde d’un œil alerte. Vu que rien n’a été dérobé, ils lui payent le dû, à savoir 30 PO, et la remercient. Elle va rejoindre la chambre d’hôtel. Gus et Ruth sont déjà réveillés, Rachel raconte sa nuit avant de s’écrouler de sommeil. Ils décident de sortir pour aller inspecter les traces de sang laissées par l’ogrion qui s’est enfui.

Malou est arrivée la veille dans la ville, et ce réveille ce matin après avoir écumé les bars et écouté les histoires. Cette gobeline de bonne famille, richement habillée et spécialiste du lancer de poignards, est venue par hasard à Chnafon, et semble particulièrement intéressée par les propos d’un des marchands :
– Il y a ici un groupe d’individus venus de nulle part qui enquête sur les vols et protègent les boutiques. »
Il n’en faut pas plus pour émoustiller la curiosité de notre gobeline ! Dès son réveil dans sa chambre de l’hôtel de luxe de la ville, les Filets Bleus, elle part à la rencontre de nos héros du dimanche un lendemain de cuite.

Elle ne les a jamais rencontrés, mais un groupe constitué d’une hobbit, d’un demi-elfe et d’une humaine à hache double, ça ne doit pas être courant. Elle écume rues et ruelles, attentives aux allures et espèces de qui elle croise, quand soudain, elle voit de dos Gus et Ruth. Sans ménagement ni discrétion, elle les interpelle ; ils se retournent, elle court vers eux les yeux pétillants d’admiration et leur propose de les accompagner dans leur enquête, sachant que cela ferait diviser par quatre et non par trois la prime de la Guilde. Mais au vu des habits de Malou, ils se disent qu’elle peut très bien aider, notamment financièrement…
– Nous acceptons ton aide, Gobeline ! » annonce solennellement Gus.

Sur la route vers le lieu du crime, Gus tient à en profiter pour changer ses vêtements, car des gardes l’ont reconnu la nuit passée. Dans le magasin, il trouve une magnifique veste en toile renforcée noire de haute facture, ainsi qu’un chapeau qui masquera davantage son visage. Le tout étant bien au-delà de la fortune personnelle de Gus, Malou arrive à négocier le tout pour 75 PO, chacun participant à hauteur de ses moyens : Gus 15, Malou 30 et Ruth 30. Gus, malin comme un voleur, arrive à vendre au marchand son plastron découpé au mousquet de garde pour la belle somme de 25 PO, ce qui permet de rembourser une partie de l’avance de ses deux compagnes de quête.

09h30

Et les voici tous trois en face de la boutique que gardait Rachel. On peut affirmer qu’elle n’y va toujours pas de main morte quand il s’agit de s’occuper de personnes malveillantes : on trouve des traces de sang jusque devant les échoppes voisines ! Quelques voisins confirment les propos de Rachel, ainsi que les tenanciers de la boutique de potions de luxe.

Gus suit son instinct de pisteur et repère les traces laissées par l’ogrion survivant, jusque dans une ruelle peu visible qui débouche sur le rempart Sud. Dans ce mur, on peut constater un tunnel qui le traverse de part en part, terminé par une grille fermée à clé, qui débouche sur l’extérieur ! Malou tente de l’ouvrir avec son attirail, mais n’y arrive pas.

10h00

Gus, Malou et Ruth retournent à l’hôtel déposer un mot sous la porte de la chambre où Rachel finit sa nuit, pour lui expliquer leur découverte et le fait qu’ils vont s’absenter de la ville quelques heures (si tout va bien).

11h00

Ils arrivent non sans mal devant la fameuse grille, depuis l’extérieur de la ville. En face s’étend une forêt dense où une chatte ne retrouverait pas ses chatons. Des traces répétées forment un chemin à travers les bois, nos amis décident de les suivre. Après une vingtaine de minutes de marche, ils débouchent dans une immense clairière, au milieu de laquelle un trou dans le sol descend en pente douce dans une cavité creusée. Malou et Ruth sont surexcitées à l’idée d’y entrer, Gus beaucoup moins. Bon an mal an, ils emboîtent le pas et s’aventurent dans les profondeurs.

Ruth remplit sa lampe à huile et l’allume avec son briquet, et éclaire la grotte sombre et humide pour les non-nyctalopes de l’équipe. Gus est en léger retrait, l’arc prêt à tirer et le trouillomètre à zéro. Leurs pas les mènent dans une salle tellement grande que la lampe n’en éclaire pas le fond ! Dedans s’y trouvent entassés un bric-à-brac phénoménal, dont des biens qui ressemblent à ceux volés dans les magasins, comme les tableaux de l’antiquaire.

S’avançant à petits pas pour contempler ce trésor, Malou heurte du pied un objet qui trébuche et résonne dans toute la pièce, avec un écho qui semble ne pas vouloir finir. Du fond de la salle, un grognement terrible, amplifié par la réverbération, fait tressaillir nos comparses d’effroi. Des pas lourds et lents se rapprochent, faisant trembler tout ce qui s’y trouve. Ils accélèrent et se voient accompagnés de pas plus petits, rapides et nombreux. Gus, dans son courage infini, se cache derrière un tas de fourbi. La lumière de la lampe à huile met finalement en évidence l’ogre qui charge et plusieurs ogrions qui le suivent. N’écoutant que son intelligence, Ruth répand toute l’huile qu’elle a sur le sol et jette la lampe afin de créer un mur de flammes ; il est à savoir que les ogres n’aiment pas la lumière. Gus, dans un élan antagoniste à son acte de bravoure, prend son courage à deux mains et son arc dans l’autre, décoche une flèche et vise la tête du géant, mais ce dernier, d’un geste imprévu, la reçoit dans son bras. A ce moment, Ruth remarque au cou de l’ogre un étrange collier avec une pierre d’une lumière presque vivante en elle. L’ogre attrape un de ses ogrions et le jette à travers les flammes pour qu’il aille massacrer les hôtes inhospitaliers, donnant le signal pour une retraite stratégique mais sportive de la part desdits hôtes. L’ogrion gagne du terrain, Gus trébuche mais se relève et arrive à le distancer. Finalement, ils sortent de la caverne sains et saufs, le soleil faisant un rempart naturel à toute poursuite de la part des ogres.

14h00

Après s’être remis de leurs émotions fortes, et ayant vidé un peu d’eau-de-vie de Ruth, ils retrouvent Rachel à la chambre, qui a bien récupéré de ses actions guerrières de la nuit. Ruth prépare de quoi manger, histoire de compenser le second petit déjeuner qu’elle n’a pas pu prendre et le déjeuner tardif. Autour du repas, chacun raconte les détails de l’épopée ogresque et le détail du collier. Une fois la panse remplie, ils prennent la route de la boutique du mage.

15h00

Ruth raconte au mage le collier qu’elle a vu au cou de l’ogre ; le mage s’affale sur le fauteuil derrière son étal, la mine déconfite et ses craintes avérées. Il se relève, déterminé, et lance :
– Suivez-moi.
Ils montent tous cinq dans son atelier à l’étage.
– Ce que vous me dites me fait peur, et effectivement, je l’ai vendu à Ruflac. Il s’agit d’un artefact très rare qui confère à quiconque le porte la possibilité d’être aux ordres de son propriétaire. Connaissant le personnage, j’avais plus dans l’idée qu’il l’utiliserait pour ses lubricités au Club…
– Avez-vous par hasard une preuve de la vente de cet objet à Ruflac ? », demande Gus.
– Vous pensez bien que non ! Cela me porterait préjudice, mais lui doit non seulement avoir une facture, mais aussi la notice. Car voyez-vous, le collier ne fonctionne que si l’on prononce une phrase très précise.
– Et est-ce qu’il fonctionne à distance ? », interroge Malou.
– Tout à fait, mademoiselle. Une fois le collier au cou de la personne, on peut contrôler ses actions sans être à proximité. »
Il n’en faut pas plus pour que, dans la tête des quatre enquêteurs, la même idée jaillisse : fouiller la demeure de Ruflac.
– Oh, je vois à quoi vous pensez, malheureux ! La maison de Ruflac, qui est juste en face de la mienne, est gardée jour et nuit, et située près du poste de garde ! A la rigueur, le seul moment propice serait quand il se rend au Club, car les gardes supposés garder sa demeure l’accompagnent. je vous aiderai de mon mieux pour démasquer ce gredin !
– A ce propos, que pourriez-vous nous prêter pour nous aider à le confondre ? », propose Rachel.
– Pour vous, ma grande humaine, je vous donne une potion de vitesse, qui vous permettra de donner deux coups de hache à la fois ! Mais attention, elle ne dure que 5 minutes… Pour vous, le demi-elfe, je me doute que vous irez fouiller ; je n’ai pas de potion d’invisibilité mais cette potion d’adresse de Furlac fera de vous un vrai félin dans la nuit ! Et pour vous, mes petites ingénieures, ce kit à crocheter les serrures pourra vous être d’un grand secours. »
Ils le remercient pour tous ces renseignements, et prennent congé.

16h00

Pas question d’agir en plein jour, chacun choisit de vaquer à ses occupations en attendant la nuit tomber. Gus décide de se faire la main en allant dépouiller habilement quelque notables sur la place du marché ; Rachel rend visite à un forgeron pour améliorer sa hache, et Ruth et Malou décident d’exceller aux bars parallèles.

Gus prend un malin plaisir à voir que son talent de voleur ne s’est pas trop émoussé ces derniers temps, et se demande :
– Et si j’allais voler la caisse du Rat d’Égout Lubrique, vu le prix qu’il a osé faire payer à Ruth ? » Quel Lupin, ce Gus !
Mais son courage étant aussi élevé que le pont-levis en pleine journée, et le risque de se faire reconnaître inversement proportionnel, il décide de dépenser quelques PA glanées de quelques poches trop remplies en se refaisant une nouvelle coiffure et une nouvelle barbe. Le voilà beau comme un sou neuf !
Il entre discrètement dans la taverne, tout aussi malfamée et bien plus fréquentée qu’il y a trois jours. Au comptoir, il remarque deux individus : une armoire à glace qui n’en est pas à sa première pinte, et un gringalet assis derrière lui, mais tentant en vain d’attirer l’attention du taulier pour commander à boire. Voici une occasion rêvée pour créer une diversion digne des meilleurs westerns ! Gus se faufile derrière l’armoire, lui tape sur l’épaule et crie d’une voix fluette : « Hé, tu peux pas bouger ta carcasse avariée que je puisse commander ? », avant de s’éclipser hors de sa vue. Ce qui doit se produire se produit : l’armoire se retourne rouge de colère vers le maigrelet, avant de le saisir d’une main par le col et de l’envoyer valdinguer sur la table de derrière, la brisant de son faible poids et renversant les bocks sur leurs propriétaires. La bagarre était déclenchée.
Dans la confusion générale, le barman sort de son comptoir pour tenter d’interrompre le pugilat. C’est le moment idéal pour voler le contenu de la caisse. Passant derrière le comptoir, Gus ne voit pas qu’un client éméché le suit, armé d’un tabouret. Il s’accroupit pour le pas être vu et tente une autre diversion en criant « Quelqu’un vole la caisse ! », qui eut autant d’effet sur l’attention des clients que d’uriner dans un violon pour que celui-ci ait un meilleur son. Déstabilisé, Gus tente à plusieurs reprises de l’assommer avec une choppe, le poivrot essaye de son côté à le frapper de son tabouret mais il n’arrive qu’à le fracasser sur le comptoir. Au corps à corps, Gus est blessé par un des pieds du tabouret cassé, et même des coups de genoux n’atteignent pas les parties du soûlard ! Finalement, un des genoux fait son oeuvre et réduit l’ivrogne à l’état de tortue. Gus s’empare d’un maximum de PO dans la caisse et profite de l’échauffourée pour sortir.
Son butin se résume à seulement 15 PO, maigre mais suffisant pour valider sa vengeance.

Pendant ce temps, Rachel est chez le forgeron, et essaye de voir avec ce dernier comment améliorer sa double hache à moindre frais.
– Ce n’est pas facile, ma grande dame. C’est une arme lourde à la base. Ce que je peux faire, c’est vous changer le manche pour un plus léger. Vous gagnerez en maniabilité mais aussi en fragilité.
Tant qu’il y a de l’ogrion à massacrer, elle accepte la proposition. SOn arme sera prête dans 3 heures, elle en profite pour aller chez le coiffeur – les massacres, ça ébouriffe – et de faire le tour des magasins proches de la grille du mur Sud pour proposer ses services. Un tenancier accepte sa proposition, payant 40 PO la garde de nuit.

20h00

Ruth et Malou sortent du dernier bar, et rentrent à l’hôtel, un peu pompettes. Gus les rejoint, Rachel et sa belle hache plus légère comment leur travail de garde.

Gus part faire son repérage de la maison par les toits, depuis la trappe qui l’a sauvé des gardes. Mais il semblerait que le seul accès à l’intérieur de la demeure de Ruflac ne se fasse que par la porte d’entrée. Il retourne à l’hôtel, et invite Ruth et Malou à un dernier verre « pour reprendre du courage », sachant qu’elles en ont déjà beaucoup à revendre ! L’inattendu, mais pas tant que ça, se produit : Ruth boit le « verre de trop », qui la fait basculer de l’état de pompette à celui de carpette, et elle enquille les choppes les unes après les autres, en commençant par celles de ses comparses ! Gus et Malou sont estomaqués, et Malou essaye de lui retirer la choppe des mains, attisant un comportement violent de la part de Ruth. Malou la gifle à la faire tomber, mais Ruth se relève et montre ses poings ! Malou lui assène un coup, Ruth réplique mais sans l’assommer. Gus propose à Ruth sa soupe de légumes pour la calmer mais cela n’a pas du tout l’effet escompté ! Ruth la jette par terre et Gus tente un coup de poing sur sa tête en vue de l’assommer ; il se fait plus de mal qu’à elle ! Malou ceinture Ruth, Gus lui pique son kit de crochetage donné par le mage, et la laissent cuver sur place, retournant à l’hôtel. La scène est suffisamment pathétique comme ça pour en rajouter, mais la mission doit continuer.

Pendant ce temps, Rachel apprivoise deux rats pour qu’ils l’informent si quoi que ce soit arriverait dans le quartier ; pour les reconnaître, elle leur coupa quelques poils sur le haut du crane. Et leur rendit leur liberté.

22h00

La soirée n’a pas très bien commencé, pensent Gus et Malou. Ils ont au moins la preuve que les gobelins tiennent mieux l’alcool que les hobbits. A la fenêtre de la chambre, ils aperçoivent Ruflax et ses gardes se présenter dans le club. C’est le moment idéal pour aller fouiller chez lui.

Gus fait le guêt pendant que Malou crochète la porte. La porte ouverte, Gus la rejoint et ils pénètrent dans le vestibule. Ils ferment la porte derrière eux. Les dons de vision de Gus lui permettent de distinguer les pièges, les objets, les tapis, les fenêtres et les portes. Ils s’avancent à la porte du fond à gauche et entrent dans un séjour. Par prudence, Gus boit sa boisson d’adresse. Sur la gauche, un escalier mène à l’étage ; au fond dans le coin, près d’une porte, se trouve un coffre ; il ne semble pas piégé, ils l’ouvrent. Il contient de beaux vêtements. Ils ouvrent les deux portes près du coffre : l’une mène dans la cuisine, avec une porte donnant vers l’extérieur ; l’autre dans un salon aux meubles d’un bois de qualité et une immense peau de bête au sol. Sur le mur du fond, Gus remarque une magnifique rapière de haute facture, et décide de s’en emparer pour le combat rapproché. Elle est neuve, bien aiguisée, sans rouille aucune.
Ils sortent du salon et montent à l’étage. Trois portes fermées se présentent à eux. Ils essayent la première sur leur droite, verrouillée, et mettent un certain temps à la crocheter ; Gus essaye également, mais en vain. Pas de garde en vue ni en ouïe, c’est bon signe. Ils essayent la seconde porte, et entrent dans le bureau. Ce dernier est recouvert de papiers, et parmi eux, ils trouvent la facture du collier !
– C’est bien mais pas suffisant, on a aussi besoin du mode d’emploi », rétorque Malou.
Ils continuent à fouiller. Elle trouve une magnifique dague, aussi belle que la rapière, et décide de l’échanger avec la sienne qui est bien moins classe. Lui trouve une bourse avec 35 PO.
Ils sortent du bureau et ouvrent la troisième chambre : une simple chambre d’amis, sans fioriture ni objet particulier.
Ils retentent la première porte. Bingo ! Ils entrent ainsi dans la chambre à coucher de Ruflac, contenant un immense coffre près du lit. Gus sent un piège mécanique mais n’arrive pas à déterminer lequel. Malou essaye de le désamorcer, mais un nuage sort du piège, plongeant Malou dans les vapes pendant plusieurs minutes ! Gus le désamorce et parvient à l’ouvrir : il contient plein de bijoux, couronnes, objets de valeur et de collection appartenant plus ou moins aux marchands vandalisés, ainsi qu’un petit rouleau de cuir entouré d’une cordelette. Malou se réveille, Gus lui demande si certains des objets présents sont magiques. Malou en repère plusieurs, dont Gus s’empare comme pièces à conviction, notamment deux bagues, plusieurs pierres précieuses et une couronne. Il réamorce le piège, ferme le coffre, et tous deux descendent rejoindre la porte extérieure dans la cuisine.
En bas des marches, ils entendent une patrouille patrouiller devant la porte d’entrée. Au moment de franchir la porte de la cuisine, la rapière heure le montant et résonne au point de faire entrer deux gardes dans la maison. Ces derniers traversent le vestibule et voient la porte de la cuisine se fermer. Gus et Malou vont pour pousser un meuble en vue de bloquer la porte, mais les gardes sont plus rapides qu’eux, et entrent dans la cuisine, l’arme à la main. Gus dégaine la rapière et la pointe sur eux, surpris de voir qu’il l’avait volé. Pendant ce temps, Malou s’est précipitée vers la porte pour la crocheter, mais rencontre des difficultés. Les gardes attaquent Gus, celui-ci peu à l’aise avec la rapière n’arrive pas à parer proprement et se retrouve blessé à la jambe avec la lame du garde. L’autre garde en profite pour le blesser au flanc. Malou ouvre la porte, mais dans l’effervescence omet d’alerter Gus et sort sans lui ! Gus continue de se battre sans savoir qu’il est désormais seul… Il parvient à blesser un garde à la jambe, l’autre garde enchaine les coups et Gus les blessures. Une esquive bien menée lui permet de sortir par la porte de derrière, et de distancer les gardes, pour se rendre à l’hôtel.
Une fois sur place, il retrouve Malou et ouvre le parchemin : il s’agit du mode d’emploi du collier de stabilité !

02h00

Les rats au crane rasé retrouvent Rachel dans l’échoppe, stressés. Elle décide de les suivre, et se rapproche du tunnel à la grille. Elle ne distingue pas bien à cause de l’obscurité, mais semble voir l’ogre ouvrir la grille à ses ogrions. Anticipant le combat à venir dont elle sera l’instigatrice, elle avale sa potion et se rapproche de la troupe. Silencieusement, elle capture l’ogrion de queue de file à la barbe et au nez des autres, le traine dans une ruelle et essaye de le zigouiller. Le premier combat s’engage ! L’ogrion est assez souple pour éviter sa première attaque, mais pas la seconde. Il réplique et la touche. Elle retente une double attaque dans le vent. Il la touche mortellement, mais elle contre-attaque. Il flippe grave, et s’enfuit en direction de la grille. Coincé, elle le rattrape et l’achève. La potion ne fait plus son effet, elle retourne dans la boutique, trop faible pour s’attaquer aux autres.

Jour 4

08h00

Rachel finit son travail sans autres dommages, reçoit ses 40 PO. Ruth se réveille dans le bar où elle avait été laissée ivre morte, la gueule de bois et quelques copeaux au sol, et rejoint l’hôtel péniblement. Malou et Gus se réveillent dans la chambre d’hôtel. Gus en profite pour rembourser l’avance de Malou et de Ruth. Non sans mal et la tête entre les fesses, Ruth prépare un petit déjeuner, incroyablement bon.

09h00

Malou et Ruth se rendent à la Guilde, et demandent à rencontrer Sigmund pour présenter le résultat de leurs investigations, les preuves matérielles et l’histoire du collier.
– Ce sont là d’excellentes nouvelles, je vais convoquer les dirigeants de la ville, et je compte sur vous pour nous apporter la preuve au coucher du soleil !
– Il en sera fait ainsi, messire. Rendez-vous avec la garde devant la porte Ouest à 20h. », indique Ruth. Et elles se retournent à l’hôtel, mais Ruth remarque qu’elles sont suivies. Elles décident de se cacher dans une ruelle, ce qui confirme la filature. Elles en profitent pour faire un petit inventaire de leurs armes, et sortent chacune leur dague. Quand le fileur arrive à leur hauteur, elles surgissent dagues dans les mains – oui, pour des petites personnes, une dague se tient à deux mains – et effraient le jeune ado qui les suivait ! Il tente de s’enfuir sous la menace mais Ruth l’attrape et l’immobilise.
– Ne… Ne… Ne me faites pas de mal, on m’a payé pour vous suivre et savoir où vous créchiez… Pitié, mesdames… »
– Qui t’a payé ?
– Les… Les gardes de Ruflac, madame… »
Deux têtes valant mieux qu’un estomac vide, elles décident de lui donner 25 PO, bien plus que ce que Ruflac lui a proposé, et l’ordonnent de patienter ici une trentaine de minutes avant de rejoindre la garnison et de leur indiquer un chemin totalement erroné. La loyauté de l’adolescent allant au plus offrant, il accepta rapidement.
Malou et Ruth rejoignirent l’hôtel et leurs camarades, et attendirent sagement le soir.

20h00

Le soleil vient de passer la ligne d’horizon. Tout le gratin chnafonois est présent devant le pont-levis légèrement relevé, empêchant d’une part quiconque de vouloir entrer mais permettant d’avoir vue sur qui arrive. Sont présents le maire, le comité de la Guilde des marchands au grand complet, Ruflax et tous les gardes. Un grand nombre de citoyens s’est rassemblé autour des sommités locales. Ruth, Gus, Rachel et Malou se présentent à eux, en écartant la foule qui les remercie pour sa bienveillance. Rachel prend la parole.
– Messires, vous qui êtes réunis ce soir, nous allons vous apporter la preuve de l’implication du chef de la garde ici présent dans le vandalisme dont vous avez tous été victimes.
– Ben voyons ! », s’esclaffe Ruflac. Ses sbires rient avec lui.
Ruth déroule le parchemin et prononce la phrase magique de contrôle de l’ogre. Un grand silence règne pendant plusieurs minutes, les interrogations et les impatiences commencent à se manifester.
Une quinzaine de minutes plus tard, des pas lourds et lents se font entendre, venant du Sud. L’ogre se rapproche à hauteur de l’entrée. La population commence à paniquer et Ruflac à perler des gouttes de sueur.
– Certes, madame, mais n’est-ce pas là une simple coïncidence ? » demande le maire, peu crédule.
– Qu’il en soit ainsi, messire. Je vais le saluer, et l’ogre me saluera en retour. » Ruth s’exécute, l’ogre répond de la même, le maire perd tout doute quant à la véracité des propos qui lui ont été rapportés.

Ruflac est placé aux arrêts sans sommation. La Guilde tient sa promesse et paye les 70 PO restantes, les marchands font cadeau des pièces à conviction. La quête est désormais terminée.

Épilogue

Comme tout aventurier, une quête n’est intéressante que si le jeu en vaut la chandelle. Parmi les cadeaux, ils se partagent une bague d’agilité, une bague d’intelligence, et la couronne vaut pas moins de 150 PO ! Autant la revendre de suite, et se partager les gains à quatre.

Nos quatre aventuriers quittent la ville, plus riches, avec plus d’expérience et partants pour une nouvelle quête !