Réalité et Vérité

Vie intérieure / Pensées

Voici là deux concepts très difficile à définir. Que nous disent les dictionnaires ?

Réalité : Caractère de ce qui existe effectivement (et n’est pas seulement une invention, une apparence)

Vérité : Ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment (par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence interne de la pensée)

Au quotidien, les notions sont plus subtiles que cela.

Vérité

La vérité est très proche de l’objectivité : dire que l’eau bout à 100°C peut devenir une vérité si l’on constate que l’eau bout toujours à 100°C et que l’ensemble des observateurs certifient ce fait. Enfin, si on le dit à un individu qui n’a pas les moyens de vérifier ce fait, il le prendra pour argent comptant, car rien ne lui permettra d’infirmer ou de confirmer cette assertion.

Dans l’antiquité, les grecs jouaient aux sophismes, des constructions de phrases ayant pour but de confronter des idées reçues :

  1. on part d’une phrase admise comme vraie (Tous les hommes sont mortels)
  2. on expose une hypothèse (Mon chat n’est pas un homme)
  3. on déduit une conclusion, pouvant remettre en question ou appuyer la phrase 1 (Mon chat n’est pas mortel)

Si l’on revient sur notre eau bouillante, la phrase n’est plus vraie si l’on modifie la pression ambiante : plus elle est faible, plus la température d’ébullition sera basse, et inversement. Ainsi, la vérité est nécessairement contextuelle, et tenir compte de l’ensemble des paramètres est quasiment impossible (pureté de l’eau, graduation de la montée en température…). Un exemple inverse : on peut conserver de l’eau à l’état liquide jusqu’à -30°C uniquement selon sa pureté et la vitesse de baisse de la température !

Si l’on recherche la vérité dans un témoignage ou un aveu, l’objectivité est encore plus malmenée : interprétation, perte de mémoire, influence du ressenti… Sans parler de mensonge délibéré, trouble psychiatrique ou maladie neurodégénérative. Dans les affaires criminelles, c’est le regroupement des témoignages, et l’espoir que les témoins ne se soient pas concertés préalablement, qui permet de dépeindre une scène le plus clairement possible.

Le mensonge

Mentir n’est pas naturel, c’est un mécanisme acquis basé sur ceux de survie et détournés pour éviter une réprimande ou une punition, ne pas assumer ses responsabilités, adhérer à l’enseignement idéaliste de ses parents… Même si l’on retrouve des similitudes dans la nature (des oiseaux simulant une blessure pour ne pas se faire manger par un renard), il en va tout autrement quand l’intérêt individuel est avantagé sur la confiance et l’échange, ou la survie de base. Ainsi, mentir pour préserver quelqu’un n’est pas pour lui rendre service, pas plus que lui annoncer une nouvelle délicate de manière brute de décoffrage : on ment par bienveillance mal placée, et on refuse d’entendre par manque d’écoute de ses ressentis.

Réalité

D’un point de vue plus philosophique, voire pragmatique, la réalité reste néanmoins tout aussi subjective que la vérité : elle porte sur les aspects sensoriels, émotionnels et expérientiels de la personne.

Si la réalité est […] ce que tu peux voir, toucher, sentir, alors [elle] n’est qu’une information envoyée et interprétée par ton cerveau.
– Morpheus, Matrix, 1999

Et, non seulement elle peut être biaisée, car le cerveau est facilement dupable tant que le jeu des informations comporte un degré suffisant de cohérences, mais étant donné que la notion de réalité est une notion aussi externe qu’une date ou un savoir quelconque, ce n’est qu’un acquis. Et l’on se rend compte que la seule réalité tangible et inéluctable est celle des ressentis et des émotions. On en revient toujours au même point.

L’existentialisme

Le mot exister, former de ex- et estre, ancienne forme de être, signifie « être par l’extérieur », qu’un observateur-témoin peut attester qu’une chose est.

On a longtemps traumatisé les enfants en prétendant que le regard extérieur était seule source de notre existence, que ce soit par l’affect, la reconnaissance, le partage, voire le jugement ou la violence sous toutes ses formes. Autant il est indispensable pour la construction de la psyché, de l’estime de soi et l’amour-propre, autant il est dangereux quand seul le regard d’autrui justifie sa propre vie.

Le rêve

N’as-tu jamais fait un de ces rêves qui ont l’air plus vrai que la réalité ? Si tu étais incapable de sortir d’un de ces rêves, comme ferais-tu la différence entre le monde réel et le monde des rêves ?
– Morpheus, Matrix, 1999

Le rêve, pour une personne qui n’est pas altérée par des données culturelles extérieures à son vécu quotidien, est conçu pour intégrer les nouveaux éléments et nettoyer ceux que le cerveau considère comme inutiles. Le rapprochement avec des scènes de la réalité peut faire peur, et donner l’impression de vivre concrètement les situations. Cela conforte le fait que le cerveau n’a aucune notion intrinsèque de réalité ou de vérité, et ce n’est que notre appréciation qui peut orienter.

L’imaginaire

La problématique du rêve se retrouve dans de nombreux contes, le plus célèbre étant Alice au Pays des Merveilles. Et l’imaginaire pose tout autant la question de la réalité : dire qu’une caisse en carton est un bateau de pirates est un non-sens rationnel, mais une réalité pour un enfant de 4 ans ; comme quoi la réalité et la vérité ne sont pas directement liées, et dépendent davantage des besoins à combler que de la démonstration scientifique.