Le Renard & la Tortue [Terconfinement, jour 53]

Coronavirus 2020 Projets personnels Quotidien Renault Master Rencontres

Une rencontre sur Instagram, avec une personne dont l’animal totem est la tortue (et moi, selon elle, le renard, et qui ne serait nullement une coïncidence avec mon fourgon), m’a inspiré cette fable.
(Illustration : Jessica Gibson)

Il était une fois, un renard tout fringant
Savourait ci et là les parfums enivrants,
Les oiseaux chantonnants, les ruisseaux chatoyants,
Et tout ce que la vie amenait par les vents.

Au détour d’un bosquet, sur un lac tranquille,
Dormait nonchalamment une frêle tortue.
Entendant le renard s’approcher, elle se tût,
Espérant ne finir en dîner pour goupil…

« Tu n’as rien à craindre. Malgré les médisances,
Je ne suis que poussé par la curiosité.
Je vis de choses simples et aime à rencontrer,
Au gré de mon voyage, de belles présences. »

« Qu’il en soit bien ainsi, répondit la tortue.
Nous avons en commun un désir non caché
De découvrir le monde et braver l’inconnu,
Mais à des allures pour le moins opposées… »

Le renard s’écroula d’un rire non retenu,
Imaginant bien mal ce petit animal
Entreprendre une aventure si colossale
Et s’endormir un jour en ayant tout vécu.

« Belle autre médisance, fier et roux canidé.
Nul besoin de rebonds ou longues enjambées,
De prairies, de montagnes, torrents ou vallées,
Pour apprendre sur soi, ma raison d’exister.
Je vis fort plus longtemps et ne suis pas pressé.
Mon voyage intérieur a déjà commencé,
Et quand de moi-même, le tour j’aurai fait,
Je m’endormirai avec toi dans mes pensées. »

Devant tant de sagesse, le renard, hébété,
Se mit à réfléchir, et regarda sa vie.
Lui qui se complaisait à suivre les journées,
Ne s’est jamais demandé sa mission ici.

« Tortue, par tes paroles, me voici embrouillé…
Dois-je continuer à sauter comme avant ?
Suivre en vain les forts mistrals et autres torrents ?
Ou rester à attendre une réponse sensée ? »

« Je suis une tortue, toi tu es un renard.
De fait, nous avons chacun notre vérité,
Notre vision et notre sensibilité.
Il n’y a pas de bon ou de mauvais regard.

« Si tu ressens un jour l’envie de te poser,
Pose-toi près de moi sur un grand nénuphar.
Si je ressens un jour l’envie de sautiller,
Porte-moi sur ton dos et sautons jusqu’à tard !

« Je ne serai jamais renard, ni toi tortue.
Et c’est très bien ainsi. Sois toi, et moi aussi. »
Que l’on coure au zéphyr, ou marche à pas menus,
Chaque pas nous rapproche du sens de la vie.